« Flocons d’amour » : mon recueil de Noël à trois voix
Chaque année, mi-novembre, la même cérémonie : je m’autorise officiellement les lectures de Noël. Pas avant, question de principe (un principe que je viole environ un an sur deux, mais passons). Pour ouvrir la saison 2016, j’ai choisi « Let It Snow », paru chez nous sous le titre « Flocons d’amour », un recueil qui réunit trois plumes américaines : Maureen Johnson, John Green et Lauren Myracle.
Oui, ce John Green-là, celui de « Nos étoiles contraires ». Petite précision amusante : le recueil date de 2008 en Amérique et il a été traduit en français dès 2010, bien avant que la planète entière ne pleure sur Hazel et Augustus. Autant dire que les lectrices françaises de la première heure avaient flairé le talent avant tout le monde, et j’aime beaucoup cette idée.
Les deux autres plumes ne sont pas là pour faire de la figuration. Maureen Johnson est une valeur sûre du young adult américain depuis « 13 Little Blue Envelopes », paru en 2005, où une adolescente sillonnait l’Europe guidée par les lettres de sa tante disparue. Lauren Myracle complète le trio, moins traduite chez nous mais bien installée outre-Atlantique. Quant à John Green, entre l’adaptation de « Nos étoiles contraires » en 2014 et celle de « La Face cachée de Margo » l’an dernier, il est devenu l’auteur le plus scruté de sa génération. La traduction française d’Alice Delarbre, parue chez Hachette, rend bien le ton de chacun : 345 pages qui filent sans accroc.
Trois histoires, une tempête, un réveillon
Le principe est malin : une tempête de neige monumentale s’abat sur une petite ville américaine le soir du réveillon, et les trois nouvelles racontent cette même nuit en se croisant. Un train bloqué par la neige, une héroïne au prénom improbable qui décide de tenter sa chance dehors, une bande de copains lancés dans une expédition nocturne vers le fast-food de la ville, des personnages secondaires d’une histoire qui deviennent les héros de la suivante. Le puzzle s’assemble au fil des pages, et le plaisir de reconnaître un visage déjà croisé deux chapitres plus tôt ne s’use jamais.
Soyons honnête sur le niveau des trois voix, parce que tout le monde me pose la question : elles ne se valent pas. La nouvelle de Maureen Johnson est ma préférée, drôle et tendre exactement dans les bonnes proportions. Celle de John Green a l’énergie d’une comédie de potes qui dérape, avec des dialogues qui font mouche. Celle de Lauren Myracle m’a moins convaincue, la faute à une héroïne tellement centrée sur elle-même qu’on a envie de la secouer pendant cinquante pages, même si c’est précisément le propos et qu’elle se rattrape sur la fin.
Ce que ce recueil réussit mieux que la plupart des romances de Noël que j’empile chaque hiver, c’est la choralité. Les trois textes se répondent, se passent les personnages comme un relais, et la petite ville finit par exister pour de bon, son fast-food devenant le centre névralgique du réveillon. À côté de ça, une romance de Noël classique paraît soudain bien solitaire.
Pour qui, pour quel moment
Mais on ne juge pas un chocolat chaud comme un grand cru. Ce recueil est une gourmandise de saison, à lire sous un plaid pendant que la nuit tombe, et il remplit ce contrat à la perfection. Les nouvelles se dévorent indépendamment, ce qui en fait la lecture parfaite des soirées de semaine où le cerveau demande grâce : chacune se lit en une heure. C’est aussi le livre à offrir aux ados de votre entourage dès maintenant, et une jolie porte d’entrée dans le young adult américain pour celles qui n’ont jamais osé : trois auteurs pour le prix d’un, chacun avec sa couleur, on trouve forcément sa préférée. Les allergiques à la guimauve peuvent passer leur chemin, mais franchement, en novembre, qui est encore allergique à la guimauve ?
Petite anecdote de circonstance : je l’ai acheté sur un coup de tête en gare, un soir de train retardé, ce qui reste la façon la plus thématique qui soit d’acquérir ce livre. Il a depuis rejoint ma petite étagère des lectures de Noël, celle que je ne range jamais très loin, même en juillet.
Si vous ouvrez la saison de Noël avec moi, dites-moi en commentaire quelle nouvelle vous préférez. Et tenez, question bonus : quel est votre rituel de lancement des lectures de Noël ? Je collectionne les vôtres depuis deux ans, il y a des perles.