Un livre et une paire de chaussettes en laine sur un canapé — illustration de D'ici là, porte-toi bien », le nouveau roman de Carène Ponte

« D’ici là, porte-toi bien », le nouveau roman de Carène Ponte

Il a fait 40 degrés cette semaine, mon ventilateur a rendu l’âme, et la seule chose qui m’a tenue debout pendant cette canicule, c’est le nouveau Carène Ponte. « D’ici là, porte-toi bien » est sorti début juin chez Michel Lafon, et je l’ai gardé exprès pour l’ouverture officielle de ma saison des lectures d’été. Bonne pioche.

Le décor : une résidence de vacances. Les héroïnes : six femmes qui ne se connaissent pas, chacune arrivée là avec ses valises, les vraies et les autres. Chacune traverse un moment charnière de sa vie. Elles vont se croiser, s’écouter, se secouer un peu parfois, et devenir amies. Dit comme ça, ça ressemble à cent autres romans d’été. Sauf que Carène Ponte a ce truc en plus qui m’avait déjà eue avec « Un merci de trop » : elle écrit comme on papote avec une copine, et sous la légèreté, elle glisse des choses qui touchent exactement là où il faut.

Six femmes, six raisons de tourner les pages

Le format choral fonctionne très bien ici, mieux que dans beaucoup de romans du genre. Les chapitres alternent les points de vue et on s’attache vite. Forcément, avec six portraits, tous ne se valent pas : il y en a une qui m’a agacée du début à la fin (je ne dis pas laquelle, vous verrez très vite), et une autre dont j’aurais voulu suivre l’histoire sur trois cents pages de plus. C’est le petit défaut de ce genre de construction : on n’a jamais tout à fait assez de chacune.

Mais quelle tendresse dans ce livre. J’ai ri toute seule sur mon canapé, j’ai eu les yeux qui piquent deux fois, et j’ai refermé le roman avec l’envie d’appeler mes copines pour organiser un week-end toutes ensemble. Un livre qui donne envie de prendre des nouvelles des gens qu’on aime, rien que pour ça, il mérite sa place dans le sac de plage.

Carène Ponte, l’amie qu’on s’est faite en librairie

Un mot sur l’autrice, pour celles qui la découvriraient. Carène Ponte ne sort pas du sérail parisien : elle a été révélée par un prix d’écriture du site aufeminin et elle est passée par l’autoédition avant de rejoindre Michel Lafon. Depuis « Un merci de trop » en 2016, elle trace sa route à un rythme réjouissant, avec « Tu as promis que tu vivrais pour moi », qui m’avait fait pleurer comme une madeleine, puis « Avec des si et des peut-être », et maintenant celui-ci. J’aime cette trajectoire de lectrice devenue autrice à la force du clavier : ça s’entend dans sa façon d’écrire, sans surplomb, à hauteur de copine.

Dans le paysage du feel-good français, où brillent des plumes comme Virginie Grimaldi ou Agnès Martin-Lugand, Ponte est pour moi la plus solaire du lot : moins de drame, plus de rire, sans sacrifier l’émotion. Et si vous vous demandez par où commencer avec elle, bonne nouvelle : ce roman-ci est complètement indépendant et fait une porte d’entrée idéale. Les inconditionnelles de l’ordre chronologique repartiront de « Un merci de trop », mais rien ne l’impose. Celui-ci est pour toutes celles qui partent en vacances avec des copines, ou qui aimeraient, et pour toutes celles qui traversent un de ces étés charnières où la vie hésite. Il se lit au bord de l’eau, un verre de citronnade à portée de main, et il fait exactement l’effet promis.

Le titre, d’ailleurs, est parfait. « D’ici là, porte-toi bien » : c’est exactement le genre de phrase qu’on écrit à la fin d’une carte postale sans mesurer tout ce qu’elle contient. Si vous cherchez LA lecture réconfortante de juillet, celle qui se dévore entre deux baignades et qui laisse le cœur un peu plus léger, c’est celle-ci. Elle sent la crème solaire et l’amitié, et par les temps qui courent, ça n’a pas de prix.

Publications similaires