Une pile de romans aux tranches colorées sur un rebord de fenêtre — illustration de « « Orion » de Battista Tarantini : la danse comme champ de bataille »

« Orion » de Battista Tarantini : la danse comme champ de bataille

New romance·4 min de lecture

Je reviens après un silence un peu long, avec un roman que j’attendais depuis son annonce : Orion, premier tome d’un diptyque signé Battista Tarantini, paru début janvier chez Hugo Roman sous le titre Ainsi soient les étoiles. Je connaissais assez peu cette plume, et je ressors de ces trois cent quarante pages avec la sensation d’avoir lu quelque chose de plus âpre que la new romance à laquelle je m’attendais.

Une danseuse, un chorégraphe, et un ballet qui dérange

Après des années de travail intense et douloureux, Leo Kats va danser Nikiya dans La Bayadère à l’Opéra de Sydney. C’est la consécration pour cette jeune danseuse, l’aboutissement d’une discipline qui lui a coûté une bonne partie de sa jeunesse. Quelques jours avant la représentation, Orion Atlay, chorégraphe français réputé, débarque dans l’école de la compagnie pour y créer un ballet irrévérencieux. Et il veut Leo.

À partir de là, le roman installe un rapport de force plutôt qu’une romance classique. Orion travaille avec des méthodes que Leo ne comprend pas et qui la déstabilisent au moment précis où elle ne peut pas se permettre d’être déstabilisée. Elle est troublée par lui, elle le sait, et elle craint que ce trouble ne détruise ce qu’elle a mis dix ans à construire. C’est de là que vient la tension du livre, et elle ne retombe jamais complètement.

Un roman sur le corps, plus que sur le désir

Ce que j’ai préféré, ce sont les pages consacrées au travail lui-même. La danse classique est un monde d’exigence absurde, de douleur banalisée et de perfectionnisme qui abîme, et Tarantini le montre sans complaisance. Les répétitions, les pieds en sang, la fatigue qui devient un état permanent, la peur constante d’être remplacée. On sent une documentation sérieuse, ou en tout cas une familiarité réelle avec cet univers.

Du coup, la relation entre les deux personnages est traversée par une question qui m’a beaucoup intéressée. Un chorégraphe qui pousse une danseuse au-delà de ses limites, est-ce un artiste ou quelqu’un qui abuse de son autorité ? Le roman ne répond pas tout de suite, et il a raison. Orion n’est pas un héros confortable. Il y a des scènes où j’ai eu envie de le gifler, et d’autres où j’ai compris exactement ce que Leo y trouvait.

Leo, justement, tient le livre debout. Elle est ambitieuse sans s’excuser, elle sait ce qu’elle veut, et son désir pour Orion ne la transforme pas en autre chose. Elle ne renonce pas à sa carrière au chapitre douze parce qu’un homme est entré dans la pièce. Voilà une héroïne qui ne demande pas la permission d’exister, et ça fait un bien fou.

Ce qui m’a moins convaincue

Le rythme, par moments. Il y a des chapitres de répétition qui s’étirent, et si j’ai adoré l’immersion technique, je reconnais qu’une lectrice moins intéressée par la danse pourrait décrocher. Le roman demande un peu de patience avant que l’intrigue sentimentale prenne vraiment.

Les personnages secondaires, aussi, restent en arrière-plan. La compagnie entière est traitée comme un décor alors qu’il y avait matière à une galerie de rivalités passionnantes. On croise deux ou trois danseuses qui auraient mérité davantage de pages, et elles disparaissent aussitôt. Peut-être le second tome corrigera-t-il ça.

Enfin, la fin de ce premier volet est frustrante au sens le plus littéral. Le diptyque assume de couper au pire moment, et je vais passer les prochaines semaines à me demander comment tout ça peut se résoudre. C’est efficace, mais ça reste un procédé, et je préfère les premiers tomes qui offrent une étape avant la suite.

Malgré ces réserves, c’est une lecture qui me reste. Je pensais lire une romance dans le milieu de la danse et j’ai lu un roman sur ce que coûte l’excellence, avec une histoire d’amour compliquée à l’intérieur. Le déséquilibre m’a plu. J’attends le second tome avec impatience.

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