Un fauteuil moelleux près d'une fenêtre — illustration de « « So What » de Lou Marceau : soleil, copines et rupture à digérer »

« So What » de Lou Marceau : soleil, copines et rupture à digérer

Feel good·4 min de lecture

Il y a des livres qu’on ouvre parce qu’on a besoin exactement de ça, au moment exact où on en a besoin. Début juillet, canicule annoncée, aucune envie d’un roman qui me demande de réfléchir : So What de Lou Marceau, paru la semaine dernière chez Hugo, tombait pile. J’entendais parler de cette autrice depuis un moment sans jamais l’avoir lue. C’est réparé.

Le point de départ tient en une phrase. Alexandra sort d’une rupture pénible et part se refaire une santé dans un hôtel-club au soleil avec ses meilleures amies. Sur place, elles repèrent un spécimen masculin fort convenable, un certain Leandro, venu se reposer incognito et pas franchement en quête d’une histoire. Vous connaissez la suite, ou en tout cas vous croyez la connaître.

La vraie bonne surprise, c’est la bande

J’ouvrais ce roman en pensant y trouver une romance d’été classique. Ce que j’ai préféré, en réalité, ce sont les scènes de groupe. Les amies d’Alexandra ne sont pas là pour lui tendre des perches et disparaître entre deux chapitres. Elles ont chacune leur registre de bêtise, leurs disputes minuscules, leur façon de se moquer d’elle sans jamais l’enfoncer. Les dialogues à quatre autour d’un cocktail sont, de loin, les meilleurs passages du livre.

C’est un point sur lequel beaucoup de romances se cassent les dents. L’entourage féminin y sert de faire-valoir, quand il n’est pas carrément l’obstacle. Ici, Lou Marceau écrit une amitié adulte, avec ce mélange de tendresse et de franchise brutale qui fait qu’une copine vous dit à midi que votre ex ne valait rien et vous console à minuit d’avoir pensé à lui. J’y ai reconnu des conversations que j’ai eues.

Alexandra elle-même est une héroïne agréable parce qu’elle n’est pas héroïque. Elle a des jours où elle danse sur la plage et des jours où elle reste couchée à faire défiler des souvenirs. Le roman ne la presse pas de guérir. On la voit avancer par à-coups, reculer, se trouver ridicule, recommencer. Pour un livre qui se vend comme une lecture de vacances, il y a là une justesse qui m’a plu.

Le décor fait beaucoup, et c’est assumé

L’hôtel-club est un terrain de jeu formidable pour ce genre d’histoire. Espace clos, journées désœuvrées, tout le monde en maillot et personne à sa place habituelle : la comédie s’écrit presque toute seule. Lou Marceau exploite bien ce huis clos ensoleillé, avec des animations ratées, des serviettes disputées et un buffet du soir qui devient un observatoire. On sent qu’elle s’est amusée à écrire ça, et ça se transmet.

La romance, en revanche, avance sur des rails connus. Leandro cache quelque chose, Alexandra s’en aperçoit, il y a une explication tardive et une réconciliation attendue. Je ne dirai pas que ça m’a agacée, parce que ce n’est pas ce que je venais chercher, mais j’aurais aimé un obstacle un peu plus tordu. Le secret du beau gosse incognito arrive dans le roman comme une formalité à remplir.

Autre réserve : quelques longueurs dans la seconde moitié. Une fois que les cartes sont sur la table, le récit hésite avant de conclure, et j’ai eu la sensation que l’autrice retardait une fin qu’elle avait déjà en tête. Ce n’est pas rédhibitoire, mais avec plus de quatre cents pages au compteur, on aurait pu resserrer sans rien sacrifier.

Pour qui, pour quand

C’est un livre de transat, et je ne le dis pas comme un reproche. Il y a des romans qu’on lit pour se remuer et d’autres pour se reposer, et confondre les deux mène à des chroniques injustes. So What remplit son contrat : on rit, on a chaud, on referme le livre de meilleure humeur qu’en l’ouvrant. Sur cette catégorie précise, c’est déjà beaucoup.

L’écriture est simple, très portée sur le dialogue, avec un humour de conversation plutôt que de situation. Lou Marceau, qui a exercé le droit avant de se consacrer à l’écriture, a manifestement l’oreille pour les échanges rapides. Quand elle abandonne le romantique pour laisser parler ses personnages entre eux, le livre décolle nettement.

Je le recommande donc pour juillet, avec la lucidité qui va avec : n’attendez pas un renouvellement du genre, attendez une bonne compagnie. Et si vous ne supportez pas les histoires où l’on tombe amoureux en dix jours sous les palmiers, passez votre chemin sans remords, celle-ci ne vous fera pas changer d’avis. Moi, j’ai noté le nom de l’autrice pour la suite.

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