Un livre et une paire de chaussettes en laine sur un canapé — illustration de Postscriptum » de Cecelia Ahern : la suite attendue de « PS : I love you

« Postscriptum » de Cecelia Ahern : la suite attendue de « PS : I love you »

Vous imaginez bien qu’avec un blog qui s’appelle Les Chroniques d’Holly, je ne pouvais pas ignorer le retour de Holly Kennedy. Ce prénom que je partage avec elle m’a valu des dizaines de plaisanteries depuis des années, et à chaque fois je réponds la même chose : il y a pire, comme marraine littéraire.

« Postscriptum » est paru le 9 mars chez Milady, dans une traduction de Fabienne Vidallet. C’est la suite de « PS : I love you », le roman que Cecelia Ahern avait écrit à 21 ans et qui a fait le tour du monde, avant le film avec Hilary Swank que tout le monde a vu au moins une fois un dimanche pluvieux. Seize ans plus tard, l’autrice reprend son héroïne là où la vie l’a menée : Holly a fini par se reconstruire, doucement, après la mort de Gerry.

Sauf qu’un jour, un groupe qui se fait appeler le club « PS : I love you » la retrouve. Ses membres sont malades, condamnés, et ils veulent faire comme Gerry : laisser des lettres, des traces, des mots pour ceux qui vont rester. Et ils demandent à Holly de les aider. Tout le roman repose sur ce dilemme : aider les autres à partir, c’est raviver sa propre plaie.

Seize ans d’écart, et une autrice qui a grandi

Un peu de contexte pour celles qui prennent l’histoire en route. La version originale, « Postscript », est sortie en anglais en septembre dernier, quinze ans après le premier tome côté anglophone, et nous n’avons attendu la traduction que six mois, ce qui tient presque de l’exploit. Entre les deux, Cecelia Ahern n’a pas chômé : l’Irlandaise a publié un roman presque chaque année, et son deuxième a même eu droit à son adaptation au cinéma en 2014, sous le titre « Love, Rosie ». Elle ne revient donc pas à Holly par manque d’idées, et ça se sent : ce n’est pas un fond de tiroir, c’est un livre qu’elle avait visiblement envie d’écrire.

Dans cette suite, sept ans ont passé depuis la mort de Gerry. Holly a refait sa vie, il y a un homme, Gabriel, et un équilibre fragile mais réel. C’est le podcast de sa sœur qui remet la machine en route : Holly y raconte l’histoire des fameuses lettres, l’épisode circule, et le club finit par frapper à sa porte. J’aime beaucoup ce point de départ, parce qu’il pose la vraie question du roman : a-t-on le droit de demander à quelqu’un de rouvrir sa blessure sous prétexte qu’elle a cicatrisé ?

Cette suite était-elle nécessaire ?

Franchement, non. Le premier se suffisait à lui-même, et je me méfie toujours des suites qui arrivent si longtemps après. Mais une fois cette réserve posée, j’admets que je me suis laissé prendre. Ahern écrit le deuil comme quelque chose qui ne disparaît jamais vraiment : ça revient par vagues, au détour d’une chanson, d’une odeur, d’un tiroir qu’on ouvre. Sur ce terrain-là, le roman est juste, souvent bouleversant.

Ce qui m’a moins convaincue : certaines ficelles se voient beaucoup, et deux ou trois scènes semblent écrites pour faire pleurer plutôt que pour faire avancer l’histoire. On sent parfois la mécanique. Mais les membres du club, eux, m’ont tous touchée, chacun avec sa façon de préparer l’après.

À qui le conseiller, et quand

D’abord à celles qui ont lu le premier il y a longtemps et qui en gardent un souvenir ému : la retrouvaille fonctionne, et pas besoin de relire quoi que ce soit, Ahern rappelle l’essentiel sans lourdeur. Ensuite à celles qui aiment les romans qui parlent de la mort sans être morbides, ce qui est un art rare. En revanche, si vous traversez un deuil tout frais, je vous conseille d’attendre quelques mois : le livre est doux, mais il appuie exactement là où ça fait mal, et il vaut mieux le lire quand on peut pleurer pour les personnages plutôt que pour soi. Prévoyez un dimanche entier et une boîte de mouchoirs, pas un quart d’heure volé entre deux visioconférences.

Petite confession de circonstance : avant de commencer « Postscriptum », j’ai ressorti mon vieil exemplaire de « PS : I love you », corné, gondolé, annoté par la lectrice de vingt ans que j’étais. Et j’ai appelé ma mère, confinée à six cents kilomètres de moi, pour lui lire un passage au téléphone. Elle a pleuré, moi aussi, et c’était l’un des plus beaux moments de ce drôle de mois. Les livres servent aussi à ça.

Je l’ai lu la semaine dernière, pendant ce confinement qui s’éternise, et le moment donnait au livre une résonance particulière. On est tous en train d’apprendre à vivre avec l’absence, celle des proches qu’on ne peut plus embrasser, celle des gestes ordinaires. Un roman sur les mots qu’on laisse à ceux qu’on aime tombe étrangement juste en ce mois d’avril suspendu. Si vous avez aimé le premier, vous pouvez y aller : ce n’est pas un chef-d’œuvre, c’est mieux que ça, c’est une visite à une vieille amie.

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