Un hamac dans un jardin d'été — illustration de « [La rétro littéraire] Un homme à distance de Katherine Pancol »

[La rétro littéraire] Un homme à distance de Katherine Pancol

Feel good·4 min de lecture

C’est encore moi ! J’avais bien dit que je repasserais poster une autre chronique aujourd’hui, et pour une fois je tiens parole. Ce soir, La rétro littéraire s’attaque à un tout petit livre, un roman composé uniquement de lettres, qui fait écho à un article publié il y a quelque temps par ma Soeur Cosmique : « Un homme à distance », de Katherine Pancol, paru chez Albin Michel en 2002.

Autant le dire tout de suite : je suis venue à ce livre avec un a priori. J’associais Katherine Pancol aux gros romans à couvertures colorées qu’on voit dans toutes les mains dans le train, et je n’avais pas spécialement eu envie d’y aller. Erreur classique de lectrice qui se croit maligne. Ce roman-ci ne ressemble pas du tout à ça, et il tient dans un sac à main.

Une libraire, un inconnu, et la poste

L’héroïne s’appelle Kay Bartholdi. Elle est libraire à Fécamp, en Normandie, dans une boutique qui porte le nom des « Palmiers sauvages », hommage au roman de William Faulkner. Ce détail m’a immédiatement conquise, et il m’a en prime servi à briller en cours de traduction quand le prof cherchait un titre. Kay mène une vie tranquille au milieu de ses livres, ce qui reste mon fantasme professionnel numéro un, et tout bascule le jour où un homme entre dans sa librairie.

Cet homme, Jonathan Shields, est américain et voyage beaucoup. Il laisse une note pour qu’on lui procure des éditions anciennes, numérotées si possible, et il attend de la jeune libraire qu’elle les lui expédie par la poste, aux quatre coins du monde. De cette commande naît une correspondance. Des lettres sur les livres, d’abord, puis sur le reste. Ils ne se croisent pas, ils s’écrivent. Ils se devinent, se racontent, se contredisent, se cachent des choses.

Tout le roman tient là-dedans, et il est très court. Je l’ai lu d’une traite un dimanche après-midi, en moins de deux heures, avec le chat de mes parents sur les genoux et la fenêtre ouverte. C’est exactement le genre de livre qui ne demande qu’un créneau, une tasse de thé et zéro interruption.

Ce que j’en ai retenu

Ce qui m’a plu, c’est la forme. Le roman par lettres, on l’associe surtout au dix-huitième siècle et aux longues correspondances aristocratiques, et le voir appliqué à une libraire normande et à un client capricieux du vingt et unième siècle, ça fonctionne beaucoup mieux que je ne le pensais. On ne lit que ce que les personnages veulent bien écrire. Tout le reste, on le fabrique dans sa tête, et c’est là que le livre devient malin : il vous fait faire la moitié du travail sans vous prévenir.

La voix de Kay est vive, drôle, souvent piquante. Elle a un côté cash qui m’a beaucoup amusée, et elle ne se laisse pas impressionner par ce client qui commande des livres rares comme on commande un café. Leur relation se construit sur la seule chose qui les relie, la lecture, et je crois que c’est ce qui m’a touchée : deux personnes qui apprennent à se connaître par les titres qu’elles s’envoient. Si vous avez déjà offert un livre à quelqu’un en espérant qu’il comprenne le message caché derrière, vous voyez très bien de quoi je parle.

Est-ce que tout est parfait ? Non. La brièveté du roman, qui est sa force, est aussi sa limite. Il y a des moments où j’aurais voulu rester plus longtemps, comprendre davantage, et le livre file. Le dernier tiers prend un virage que je ne raconterai pas, et je suis restée un peu partagée en refermant le bouquin. Pas déçue, plutôt frustrée, avec cette impression bizarre d’avoir été mise à la porte poliment. Ce qui, pour un roman sur la distance, est peut-être bien fait exprès.

Au final, je le conseille sans hésiter à ceux qui veulent une lecture courte, une écriture qui coule et une histoire d’amour qui prend le temps de passer par les mots avant de passer par autre chose. Et je révise mon jugement sur Katherine Pancol, ce qui n’est pas si fréquent chez moi, je préfère le noter par écrit pour ne pas l’oublier. Si vous voulez d’autres idées de lectures dans le même esprit, tout se passe du côté de mes chroniques.

Vous l’avez lu, vous ? Et surtout, qui d’autre rêve d’ouvrir une librairie au bord de la mer et de passer ses journées à commander des éditions anciennes pour des inconnus ? Je demande pour une amie. L’amie, c’est moi.

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