J’ai testé la collection Best Friend de J’ai Lu avec Une Grâce inattendue
Feel good·5 min de lecture
J’ai un rapport compliqué aux collections. Quand un éditeur range ses livres dans une case avec un logo et une couleur, je me méfie toujours un peu : j’ai peur que la case fabrique les romans plutôt que l’inverse. Mais la collection Best Friend de J’ai Lu me faisait de l’œil depuis un moment. Le principe est simple, ce sont des romans où un animal joue un rôle central dans l’histoire. Ça pourrait être un piège à mièvrerie. J’ai voulu vérifier, et j’ai attaqué par le dernier titre paru, « Une Grâce inattendue » de Kristin von Kreisler, sorti au début du mois pour moins de sept euros.
De quoi ça parle
Lila travaille, mène une vie normale, et tout s’arrête le jour où un tireur fait irruption dans son entreprise. Elle est gravement blessée. Ce qui reste après, c’est le corps abîmé mais surtout la tête : impossible de reprendre le travail, impossible de sortir sans que tout devienne menaçant. Son amie de toujours, Cristina, l’héberge. Sauf que Cristina vient de recueillir une chienne martyrisée, arrachée à son maître par un voisin nommé Adam. La chienne s’appelle Grâce. Et Lila, depuis l’enfance, est terrorisée par les chiens.
Vous voyez venir le mécanisme, et c’est assumé. Quand Cristina doit s’absenter plusieurs mois et demande à Lila de s’occuper de Grâce, le roman pose sa vraie question : deux êtres cassés par la violence des hommes peuvent-ils se remettre debout en s’appuyant l’un sur l’autre ? Il n’y a aucun suspense sur la réponse. L’intérêt est ailleurs, dans la manière.
Ce que j’ai aimé
Ce qui m’a agréablement surprise, c’est que Kristin von Kreisler ne fait pas de sa chienne une peluche qui comprend le français. Grâce reste un animal traumatisé, avec des réactions d’animal traumatisé. Elle ne console pas, elle a peur elle aussi. Du coup l’apprivoisement se fait dans les deux sens, très lentement, et chaque petit progrès a un vrai poids. C’est là que le roman fonctionne le mieux : dans les scènes minuscules où une gamelle posée par terre devient un événement.
J’ai aussi trouvé juste le traitement du stress post-traumatique de Lila. On lit souvent des héroïnes qui ont vécu une horreur et qui, trois chapitres plus tard, refont du yoga en riant. Ici, non. Il y a les nuits blanches, les sursauts, la honte de ne plus être capable de choses simples, l’agacement de l’entourage qui voudrait bien qu’on aille mieux plus vite. L’auteur ne minimise pas, et elle ne transforme pas non plus la douleur en spectacle. C’est tenu.
Adam, le voisin sauveur, est mieux écrit que je ne le craignais. Il n’arrive pas en chevalier. Il est là, il bricole, il propose, il se fait envoyer promener. La romance qui se dessine reste discrète et arrive au bon moment, c’est-à-dire quand Lila a déjà commencé à se réparer toute seule. Ça change des histoires où l’amour fait office de traitement médical.
Ce qui m’a moins convaincue
Le roman est parfois lourd sur la démonstration. Il y a des passages où le parallèle entre la chienne et l’héroïne est souligné trois fois, alors qu’une seule aurait suffi et aurait fait plus mal. J’ai eu l’impression que l’auteur n’osait pas nous faire confiance. Dommage, parce que quand elle se tait, elle est très bonne.
Il y a aussi une amie, Cristina, qui disparaît un peu vite du décor. Elle sert surtout de prétexte pour laisser Lila seule avec la chienne, et son retour n’apporte pas grand-chose. J’aurais aimé que cette amitié-là soit exploitée, il y avait matière.
Enfin, la traduction m’a paru inégale. Certaines répliques sonnent très américaines, avec des formules qui ne se disent pas chez nous. Ce n’est pas rare en poche à ce prix, mais quelques phrases m’ont sortie de la lecture.
Alors, cette collection ?
Verdict provisoire après un titre : ce n’est pas la niaiserie que je redoutais. Best Friend semble viser des romans de reconstruction où l’animal sert de porte d’entrée vers autre chose, pas des histoires de chiots mignons. Le format poche à petit prix rend l’expérience peu risquée, ce qui est exactement ce qu’on demande à une collection quand on veut la tester.
« Une Grâce inattendue » n’est pas un grand livre, il ne prétend pas l’être. C’est un roman qui fait ce qu’il annonce, avec plus de finesse que sa quatrième de couverture ne le laisse deviner. Je l’ai lu en deux soirs, j’ai eu la gorge serrée deux ou trois fois, et j’ai refermé en ayant envie de caresser le premier chien croisé dans la rue. Pour un test, c’est plutôt une réussite. Je pense reprendre un autre titre de la collection d’ici l’été.