Les jours où je suis née de Valérie François
Feel good·4 min de lecture
Chronique d’archive : ce livre avait été chroniqué ici en 2020. Voici notre fiche de lecture.
Paul ramène sa fille enlevée à deux ans. mais à quinze ans, elle a vécu dans un autre monde. Une histoire de reconstruction aussi déchirante que lumineuse.
- Une construction à double point de vue, entre le père et la fille.
- La question des mères : celle qui a élevé, celle qui a mis au monde.
- Une adaptation aux codes culturels douloureuse et bien rendue.
Quelle est l’histoire de ce roman ?
Une femme envoie sa fille unique à Paris pour la protéger de la guerre. La grand-mère la garde.
Le récit s’ouvre sur le retour de Paul Becker avec sa fille Lily-Rose, abandonnée au Vietnam depuis quinze ans. L’enfant a été enlevée à Hanoï, mais nous découvrons la version de Minh Tâm, la femme qui l’a élevée dans les montagnes. Dans sa tête, cette femme est sa vraie mère.
L’autrice nous fait suivre l’arrivée en France, avec une enfant qui a grandi dans une culture rurale et qui découvre la ville, la langue, les habitudes. Le père, lui, a vécu ans dans l’espoir de ces retrouvailles.
La question n’est pas seulement qui est la mère, mais comment devenir fille quand on a perdu sa place dans un monde qu’on n’a jamais connu.
Une construction à double voix
Valérie François alterne habilement les chapitres du père et ceux de l’adolescente. Nous entrons dans les émotions brutales de Paul, qui croyait à un retour à la normale, et dans les angoisses de cette jeune fille confrontée à un univers clos.
Cette double perspective permet de dépasser le schéma du kidnappeur – même si le mot est lâché – et de montrer la complexité des sentiments. L’autrice ne prend pas position, elle expose des fractures.
Le style épouse les perceptions de chacun : plus saccadé et sensible dans les passages du père, plus sensoriel et déraciné dans ceux de la fille. C’est ce choix qui devait donner au texte une force peu commune.
Faut-il lire ce roman ?
Pour sa lucidité sans jugement et la manière dont il dérange nos préjugés sur le lien parental.
Nous avons fermé ce livre avec la sensation d’avoir vécu une histoire doublement vraie. Rarement un sujet d’enlèvement a été traité avec autant de nuance. Les jours où je suis née ne laisse aucune place au manichéisme.
Si le rythme ralentit au milieu, la force du fond nous tient jusqu’au dénouement. C’est une invitation à nous demander quel est le sens de la famille.
Une lecture qui demande de l’empathie, mais qui offre en retour un roman intelligent et émouvant. Une réussite à mettre entre toutes les mains.
Référence du livre, publié chez Libréditions en 2018, voir la notice de la Bibliothèque nationale de France.
Portrait d’une double maternité
L’originalité du texte tient dans ce duo : la mère biologique et la mère de l’âme. L’auteur ne tranche pas, elle éclaire cès ténèbres.
En nous montrant la vie au Vietnam avec une femme qui sacrifie sa réputation pour l’enfant, le roman questionne notre société dont l’adoption trop vite se vit comme une division.
Le personnage de Mr. Tâm est écrit avec pudeur – non comme une criminelle, mais comme une femme qui a fait face aux circonstances. C’est ce visage-là qui nous reste en mémoire.
Questions fréquentes
Le livre est-il un roman d’amour ?
C’est avant tout un roman sur les liens d’âme, sur ce qui fait une famille. L’amour est bien présent, mais surtout sous sa forme filiale et platonique, pas romantique.
L’histoire se passe-t-elle au Vietnam ?
Une grande partie Indeed se déroule au Vietnam, mais le roman est une migration, allant des camps de montagne aux quartiers de Paris.
Y a-t-il une suite ?
À ce jour, l’éditeur n’a pas annoncé de suite. Le roman se clôt cependant sur un sentiment de paix, ce qui ne réclame pas prolongement.