Une liseuse et un roman empilés sur une table de chevet le soir — illustration de Quoi qu'ils en disent », ou si l'amour était vraiment dans le pré

« Quoi qu’ils en disent », ou si l’amour était vraiment dans le pré

J’ai passé tous mes étés d’enfance chez ma grand-mère dans la Drôme, et l’odeur du foin coupé me ramène instantanément à mes dix ans. Alors une romance qui se passe dans une ferme ardéchoise, forcément, je signe des deux mains. C’est comme ça que « Quoi qu’ils en disent » de Noémie Dani, publié chez Hugo, a fini dans ma valise de vacances, et qu’il l’a largement méritée.

Louna a 20 ans, elle est étudiante, et elle n’avait absolument pas prévu de passer son été à la campagne. Gabriel en a 33, il est agriculteur, débordé du matin au soir, et il élève seul sa fille de 3 ans. Treize ans d’écart, deux mondes qui n’auraient jamais dû se croiser plus de cinq minutes, et pourtant. Le titre annonce la couleur : le vrai sujet du roman, c’est le regard des autres, ce que le village pense, ce que les familles murmurent, tout ce bruit autour d’un sentiment qui ne demandait rien à personne.

Une autrice qui sait de quoi elle parle

Ce qui distingue ce roman de la production habituelle, c’est que Noémie Dani est elle-même agricultrice. Et ça change tout. Ici, la ferme n’est pas un décor de carte postale posé derrière les scènes de baisers : les journées commencent avant le soleil, les bêtes n’attendent pas, la paperasse s’accumule, la fatigue est réelle. On est loin de l’image d’Épinal que la télévision nous vend chaque année dans « L’amour est dans le pré ». Gabriel n’est pas un fantasme de fermier au torse huilé, c’est un homme épuisé qui n’a même plus le temps de se demander s’il est seul.

En préparant cette chronique, j’ai appris qu’elle est éleveuse dans le Puy-de-Dôme, et que son nom de plume rend hommage à sa grand-mère Danièle, celle qui lui a transmis le goût de lire. Ce genre de détail ne fait pas un bon roman à lui seul, d’accord. Mais il éclaire cette impression qui m’a suivie pendant toute ma lecture : les gestes sonnent justes parce qu’ils sont vécus, pas documentés. Quand Gabriel calcule ce qu’une bête malade va lui coûter, on sent que l’autrice a déjà fait ce calcul pour de vrai, un soir de novembre, avec la boule au ventre.

Louna m’a plu aussi, parce qu’elle n’est pas la citadine écervelée qu’on nous sert d’habitude en miroir. Elle observe, elle apprend, elle se cogne à ce monde qui n’est pas le sien. Et la petite de 3 ans apporte une tendresse folle sans jamais servir d’accessoire mignon, ce qui est plus rare qu’on ne le croit dans le genre.

Mes réserves ? Quelques longueurs dans le deuxième tiers, et des dialogues parfois un peu appuyés quand il s’agit de défendre le couple face aux mauvaises langues : on a compris le message, pas besoin de le répéter trois fois. Mais c’est le prix d’un roman qui a des choses à dire.

À qui je la conseille, et quand

Il faut dire aussi ce que cette sortie représente. La new romance française publie énormément, mais toujours dans les mêmes décors : campus américains, lofts new-yorkais, patrons ténébreux à jet privé. Une romance qui se déroule dans une exploitation française, avec des factures qui s’empilent et des bêtes à traire, c’est presque un ovni sur les tables des librairies. J’espère sincèrement que ce livre marchera, ne serait-ce que pour prouver aux éditeurs qu’on peut faire battre des cœurs ailleurs que sous les néons de Manhattan.

Ce roman est pour vous si vous saturez des milliardaires, si vous regardez « L’amour est dans le pré » en vous demandant à quoi ressemble la version sans montage, ou si les histoires d’écart d’âge vous font de l’œil sans que vous assumiez tout à fait. Le moment idéal : maintenant, précisément, cette fin d’août où l’été s’étire encore, un transat, le soir qui tombe plus tôt qu’avant. Je l’ai terminé un matin de marché, attablée devant un café pendant que mon chéri faisait la queue chez le fromager, et j’ai regardé le maraîcher d’un autre œil en repensant à Gabriel. Ma voisine, qui a grandi dans une ferme du Vercors, me l’a emprunté dans la foulée : j’attends son verdict de professionnelle avec une pointe d’appréhension.

Verdict d’été : une new romance française qui a les pieds dans la terre et le cœur bien accroché. Si vous aimez les histoires d’écart d’âge, les villages où tout se sait et les héros qui sentent le vrai, celle-ci est pour vous. Moi, j’ai refermé le livre avec une envie tenace de repartir dans la Drôme embrasser mes souvenirs.

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