« Intime idée » de Nicolas Dagorn : le roman ado dont je n’arrête pas de parler
Culture·4 min de lecture
Je vais avoir du mal à être mesurée, donc autant l’annoncer dès la première ligne : Intime idée de Nicolas Dagorn est un de mes coups de cœur de l’année. Le roman a remporté le concours Fyctia organisé avec Hugo New Way, sur le thème « Popular », au printemps dernier, et il paraît cet automne. Je l’ai ouvert sans attente particulière et je l’ai terminé la gorge nouée.
Un quartier tranquille, une famille qui vacille
Roxane vit dans un quartier calme d’une petite ville. Son quotidien tient en trois lignes : les copines, l’école, une vie de famille compliquée. Depuis quelques mois, le handicap de Noah, son plus jeune frère, a rebattu les cartes à la maison. Alex, son frère cadet, sportif au grand cœur, a endossé le rôle du protecteur face à une mère effacée et un père distant. En face, un foyer accueille Hugo, placé là par le juge des enfants, qui découvre un environnement où la popularité et le pouvoir se gagnent par les alliances et l’intimidation, sous la houlette d’Enzo, chef de bande décidé à garder son trône.
Roxane et Hugo deviennent les témoins involontaires de la rivalité entre Enzo et Alex. Et ils vont devoir apprendre à soigner des blessures que la vie inflige parfois pour longtemps. Voilà pour le résumé. Ce qu’il ne dit pas, c’est la finesse avec laquelle tout ça est raconté.
Ce que Nicolas Dagorn réussit et que très peu réussissent
Il écrit des adolescents qui parlent comme des adolescents. Pas comme des adultes miniatures, pas comme des caricatures avec du vocabulaire à la mode plaqué toutes les trois pages. Il y a une justesse dans les dialogues qui vient forcément de quelque part, et effectivement, l’auteur a travaillé comme éducateur. Ça se sent à chaque scène de groupe, dans la façon dont un rapport de force s’installe en quatre répliques sans qu’aucun personnage n’ait besoin d’expliquer ce qui se passe.
Il évite aussi le piège du roman à message. Le handicap de Noah n’est pas un dispositif pour faire pleurer, c’est une réalité quotidienne qui pèse sur les emplois du temps, sur les nerfs, sur ce que les autres enfants de la famille peuvent demander ou non. La fatigue de la mère, le retrait du père, la responsabilité que prend Alex sans que personne la lui donne : tout ça est montré, jamais commenté.
Et puis il y a Enzo. Je m’attendais au méchant de service, j’ai eu un gamin qui fait peur parce qu’on comprend d’où il vient. Le roman ne l’excuse pas et ne le condamne pas non plus, il l’explique juste assez pour rendre la situation compliquée. C’est exactement ce que j’attends d’un livre destiné aux adolescents : qu’il leur fasse confiance pour supporter la complexité.
À qui je le mettrais entre les mains
À des lecteurs de quatorze ans et plus, sans hésitation. Et aussi à des adultes qui pensent que la littérature ado se résume à des dystopies et des triangles amoureux. Ce roman parle de placement, de fratrie, de handicap et de violence entre jeunes, avec une clarté qui n’infantilise personne.
Mes réserves ? Elles sont minces. La fin arrive un peu vite, et certaines résolutions m’ont paru généreuses par rapport à la dureté des trois cents pages précédentes. Mais je comprends parfaitement ce choix : offrir une porte de sortie à des lecteurs jeunes qui se reconnaîtront dans certaines situations. Ce n’est pas de la facilité, c’est de la responsabilité.
Je ne suis pas objective, je le sais. Il y a des livres qui arrivent au bon moment et qui touchent un endroit précis. Celui-ci en fait partie. Je le recommande d’autant plus volontiers qu’il vient d’un concours d’écriture, ce qui rappelle que les bons textes ne sortent pas toujours des circuits attendus.
Si vous cherchez une lecture qui secoue sans écraser, prenez celle-ci. Et si vous le lisez, revenez me dire ce que vous en avez pensé, parce que j’ai très envie d’en discuter avec quelqu’un.