Un fauteuil en cuir dans une bibliothèque — illustration de « [La rétro littéraire] La femme au portrait, le polar de Greg Iles qui m’a retournée »

[La rétro littéraire] La femme au portrait, le polar de Greg Iles qui m’a retournée

Culture·5 min de lecture

Bonsoir vous ! La télé tourne en fond, je surveille TMC d’un œil au cas où mon tonton passerait dans un reportage sur la police (oui, ma famille a des célébrités locales), et je me dis que c’est le moment idéal pour une deuxième rétro littéraire. Petit rappel pour ceux qui débarquent : la rétro, c’est ma rubrique fourre-tout où je vous parle des bouquins lus bien avant l’ouverture de ce blog et dont je n’ai jamais eu l’occasion de dire un mot. La dernière fois, c’était Cecelia Ahern et son côté doudou. Aujourd’hui, changement complet de rayon, on descend d’un étage et on va du côté du polar avec « La femme au portrait » de Greg Iles.

Autant vous prévenir tout de suite : ce livre m’a mise KO. Je l’avais attrapé un peu par hasard, en poche, sans rien connaître de l’auteur, un Américain qui écrit des thrillers depuis les années quatre-vingt-dix et dont je n’avais jamais entendu parler. J’ai commencé un soir vers vingt-deux heures en me disant « allez, trente pages et je dors ». Vous connaissez la suite. J’ai fermé le bouquin au petit matin, les yeux en compote, avec cette tête de zombie qui fait dire à ma mère que je ferais mieux de lire des choses plus reposantes.

Une photographe face au portrait de sa sœur disparue

L’héroïne s’appelle Jordan Glass. Elle est reporter photographe, elle a du métier, elle a vu des choses que la plupart d’entre nous ne verront jamais autrement qu’à la télévision. Sauf qu’un an plus tôt, sa sœur jumelle Jane a disparu à La Nouvelle-Orléans, et que ça, aucun reportage ne l’y avait préparée. La vie continue tant bien que mal, jusqu’au jour où Jordan visite un musée à Hong-Kong et se retrouve devant une toile d’une série intitulée « Femmes endormies », des tableaux signés d’un peintre inconnu qui représentent de jeunes femmes nues, allongées, endormies. Ou pas endormies du tout. Et le visage de l’une d’elles est le sien. Enfin non, celui de Jane.

Franchement, comme point de départ, on fait difficilement mieux. J’ai relu ce passage deux fois tellement l’image m’a saisie : une femme qui se voit exposée sur un mur alors qu’elle sait pertinemment que ce n’est pas elle. À partir de là, impossible de reposer le bouquin. Jordan ne va évidemment pas rentrer sagement chez elle et attendre que la police fasse son travail, et c’est là que Greg Iles devient très fort : son héroïne ne se transforme pas en super-flic invincible, elle avance avec ses outils à elle, son œil, son obstination, sa façon de regarder les images.

Ce qui m’a plu, ce qui m’a un peu agacée

Ce que j’ai adoré, c’est l’ambiance. Il y a un mélange de moiteur et de peur sourde qui colle à la peau du début à la fin. L’auteur prend le temps de poser ses décors sans jamais s’endormir dedans, et il y a chez lui une manière de parler de la photographie, du regard qu’on pose sur les gens et de ce qu’on leur vole en les prenant en photo, qui donne au roman une couche supplémentaire. Ce n’est pas juste une chasse au tueur, c’est aussi un livre sur ce que ça fait d’être regardée.

J’ai aussi aimé le fait que Jordan soit une femme de quarante ans. Ça paraît bête à préciser, mais dans les polars que j’avais lus jusque-là, les héroïnes de cet âge étaient rarement au centre, elles servaient plutôt de témoins ou d’épouses. Là, elle porte tout le livre sur ses épaules, avec ses failles, sa colère, sa culpabilité de survivante. Le lien de gémellité est traité avec finesse : cette impression qu’elle enquête aussi sur elle-même, qu’elle cherche une part d’elle qu’on lui a arrachée.

Ce qui m’a un peu agacée ? Quelques passages où l’auteur en fait beaucoup côté rebondissements, au point qu’on sent la mécanique tourner. J’ai levé les yeux au ciel deux ou trois fois en me disant « bon, là, c’est un peu gros ». Mais je tournais quand même la page, donc j’imagine que ça s’appelle un bon thriller. Et je préfère largement ce défaut-là à un polar tiède qu’on repose sans regret au bout de cent pages.

Petite précision pratique : il existe en poche, donc pas d’excuse budgétaire. Et un conseil d’amie, ne le commencez pas un dimanche soir si vous travaillez le lundi. J’ai fait l’expérience pour vous, ma productivité du lendemain a été absolument catastrophique et j’ai passé la journée à repenser à ces toiles.

Et vous, vous avez déjà lu Greg Iles ? Si oui, dites-moi par lequel continuer, parce que j’ai bien envie de retenter l’expérience. En attendant, si vous avez d’autres polars du même acabit à me conseiller, la section commentaires est là pour ça, et ma pile à lire n’a plus rien à perdre de toute façon.

Publications similaires