Une pile de classiques reliés aux tranches dorées près d'une fenêtre à croisillons — illustration de « « Dans la tourmente », saga familiale québécoise à ne pas rater ! »

« Dans la tourmente », saga familiale québécoise à ne pas rater !

Culture·4 min de lecture

Bonne année à tous ! Je reprends le clavier avec un roman qui sort en librairie dans quelques jours et qui m’a occupé mes soirées de fin décembre. Il s’agit de Dans la tourmente, premier tome de la saga Les années du silence, signé Louise Tremblay d’Essiambre et publié aux éditions Charleston.

Le nom vous dit peut-être quelque chose. Cette romancière québécoise, née en 1953, a écrit une trentaine de livres et compte parmi les autrices les plus lues de son pays. Sa saga des sœurs Deblois est disponible en poche chez nous, et si vous ne l’avez pas lue, je vous la recommande vivement.

Le pitch : nous sommes en 1942. Cécile Veilleux, presque dix-huit ans, doit quitter la ferme de ses parents dans la Beauce, ainsi que son fiancé Jérôme, pour cacher une grossesse qui déshonorerait sa famille. Au même moment, à Québec, Rolande Comeau est envoyée à l’hôpital de la Miséricorde pour la même raison. Les deux jeunes filles vont apprendre le silence, celui qu’on impose et celui qu’on finit par s’imposer.

Le silence comme personnage principal

Le titre de la saga n’est pas décoratif. Ce roman raconte ce que fait le silence à des jeunes filles de dix-sept ans qu’on écarte du monde parce qu’elles portent un enfant. On leur demande de disparaître quelques mois, de revenir comme si de rien n’était, et de ne plus jamais en parler. Le pire, dans ce qu’écrit Tremblay d’Essiambre, c’est que personne n’est présenté comme un monstre. Les parents obéissent à ce que la société attend d’eux. Les religieuses aussi. Chacun tient son rôle, et c’est terrifiant.

J’ai été frappée par la manière dont l’autrice décrit l’orphelinat. Aucune scène choc, aucune surenchère. Des gestes quotidiens, des règlements, des heures qui passent, et une pression qui monte page après page. C’est bien plus efficace qu’un long réquisitoire.

Cécile et Rolande ne réagissent pas de la même façon, et c’est la grande réussite du livre. L’une encaisse, l’autre se cabre. Deux tempéraments face à la même violence sociale, deux trajectoires qui se répondent sans jamais se ressembler. J’ai eu une nette préférence pour Rolande, dont la révolte sourde m’a bouleversée, mais je soupçonne l’autrice de nous garder des surprises du côté de Cécile.

Une écriture qui prend son temps

Il faut savoir où l’on met les pieds. Ce n’est pas un roman rapide. La plume est ample, très descriptive, avec un goût prononcé pour les intérieurs, les paysages de la Beauce, les tâches de la ferme. Si vous aimez qu’on aille droit au but, vous risquez de trouver le temps long dans le premier tiers.

Moi, j’y suis entrée très vite, parce que cette lenteur fabrique une chose précieuse : on croit à ce monde. Les mains gercées, le froid dans la maison, les repas, la messe, la rumeur du village. Quand le drame arrive, il tombe sur un décor qui existe pour de bon, et il fait beaucoup plus mal.

Le québécois du texte ne pose aucun problème de compréhension, rassurez-vous. Quelques expressions donnent la couleur locale, rien qui vous arrête. J’ai même trouvé que ça ajoutait à la sensation de dépaysement, qui est une bonne partie du plaisir de lecture ici.

Faut-il attendre la suite ?

Oui, et je vais le faire, sachez-le. La fin de ce premier tome laisse volontairement des fils pendants, ce qui est le principe de la saga mais peut agacer les lecteurs qui aiment les histoires bouclées. Considérez ce volume comme une longue ouverture, avec des personnages qu’on installe et un secret qu’on met en place pour de nombreuses années.

Ce que j’aime dans ce type de littérature, et je le défends volontiers face à ceux qui la trouvent trop populaire, c’est qu’elle transmet une mémoire. On parle ici de destins de femmes ordinaires dont personne n’a écrit l’histoire, celles à qui on a demandé de se taire et qui se sont tues. Un roman qui leur redonne une voix mérite qu’on s’y arrête, même s’il n’est pas révolutionnaire dans sa forme.

Petit conseil de lecture : gardez-le pour un moment où vous avez plusieurs soirées devant vous. C’est le genre de livre qui déteste être lu par tranches de dix minutes. Et prévoyez des mouchoirs pour les cent dernières pages, je préviens honnêtement.

Publications similaires