« You know I’m no good » : ce qu’on appelle une fille à problèmes
Culture·4 min de lecture
Bonjour tout le monde ! Vous vous demandez peut-être pourquoi il faut attendre fin mars pour voir arriver ici un livre paru en janvier. La réponse tient en un mot : révisions. Je me rattrape aujourd’hui avec You know I’m no good de Jessie Ann Foley, paru dans la collection New Way, dans une traduction de Sidonie Mézaize Milon. Et je vous préviens, ce n’est pas une lecture légère.
Un mot sur le titre, d’abord, parce qu’il n’est pas choisi au hasard. C’est celui d’une chanson d’Amy Winehouse, sur l’album Back to Black. Une chanson où une femme énumère ses propres fautes avec une lucidité désarmante, en assumant d’être exactement ce qu’on lui reproche d’être. Quand on referme le roman, on comprend pourquoi l’autrice a choisi ces mots-là.
C’est quoi le pitch ?
Mia fait partie de celles qu’on appelle les adolescentes à problèmes. Mauvaises notes, soirées trop arrosées, garçons, absences répétées. Elle le réalise vraiment le jour où, après avoir frappé sa belle-mère en plein visage, son père l’envoie à la Red Oak Academy, un foyer thérapeutique pour jeunes filles perdu au fin fond du Minnesota. Pas de téléphone, pas de sortie, des règles partout, et des séances où l’on est censé raconter ce qui ne va pas.
Là-bas, entourée d’autres filles qui traînent chacune leur histoire, Mia commence à regarder son passé en face. Et ce qui remonte n’a pas grand-chose à voir avec les mauvaises notes. Je ne dirai rien de plus sur ce qui lui est arrivé, sinon que le roman prend son temps pour l’amener et qu’il ne l’utilise jamais comme un coup de théâtre.
Ce que le roman fait très bien
Jessie Ann Foley écrit Mia de l’intérieur, avec une voix cassante, drôle par moments, souvent insupportable. Et c’est exactement ce qu’il fallait. Une héroïne trop sympathique aurait affaibli le propos. Ici, on passe une bonne partie du livre à trouver que Mia exagère, qu’elle se rend les choses plus difficiles, qu’elle pourrait faire un effort. Puis on comprend, et on relit mentalement les cent premières pages avec une honte assez saine.
Le foyer lui-même est décrit sans idéalisation. Ce n’est ni un enfer ni un lieu de guérison miraculeuse. Il y a des adultes qui font correctement leur travail, d’autres qui appliquent un protocole sans regarder qui ils ont en face, et des filles qui apprennent surtout à dire ce qu’on attend d’elles pour sortir plus vite. Cette lucidité m’a impressionnée, parce qu’il aurait été facile de faire du foyer soit un cauchemar, soit un cocon.
Les autres pensionnaires ne sont pas des figurantes non plus. Chacune existe, avec sa manière de tenir le coup, et les scènes de groupe comptent parmi les plus fortes du livre. La solidarité qui se construit entre ces filles n’a rien de mièvre. Elle est faite de silences partagés, de petites trahisons et de retours en arrière.
Une question qui reste
Le cœur du roman, à mes yeux, tient dans une interrogation très simple que Mia finit par formuler : pourquoi est-ce toujours elle qu’on envoie se faire réparer ? Pourquoi une fille qui boit trop devient un problème à traiter, quand un garçon qui fait la même chose passe pour un garçon. Pourquoi ce qui lui est arrivé n’a produit de conséquences que pour elle. L’autrice ne fait pas de discours, elle pose la question par la fiction et laisse le lecteur avec.
Ce livre s’adresse d’abord aux adolescents, mais je le conseillerais volontiers aux adultes qui vivent ou travaillent avec eux. Il aide à comprendre ce qui peut se cacher derrière une gamine qui envoie tout balader. Attention toutefois : le roman aborde frontalement des violences sexuelles, sans complaisance mais sans détour. Ce n’est pas une lecture à mettre entre toutes les mains sans en parler.
Je n’en ressors pas avec un coup de cœur au sens habituel, parce que ce n’est pas un livre dont on ressort le cœur léger. J’en ressors avec le sentiment d’avoir lu quelque chose de nécessaire, écrit par quelqu’un qui savait très exactement pourquoi il l’écrivait. C’est déjà beaucoup.