[La rétro littéraire] Julien Parme de Florian Zeller
Culture·4 min de lecture
Bonjour tout le monde ! Hier soir, c’était le grand retour d’« Alice Nevers » à la télé, et j’ai regardé ça avec le sourire idiot de celle qui a un secret. Parce que Alice Nevers, c’est le prénom que j’ai piqué sans vergogne pour ma première héroïne de fiction, celle qui dort toujours au fond d’un tiroir parce que je n’ai jamais trouvé le temps de terminer ses aventures. Et de fil en aiguille, en regardant Marine Delterme faire la loi à l’écran, je me suis souvenue que son mari écrit des romans. D’où la rétro littéraire du jour : « Julien Parme » de Florian Zeller.
Petit rappel pour les nouveaux : la rétro littéraire, c’est ma rubrique consacrée aux livres lus avant l’existence de ce blog et dont je n’ai jamais parlé nulle part. Celui-ci, je l’ai lu il y a quelques années, emprunté à la bibliothèque un peu par hasard, et il m’est resté en tête bien plus longtemps que je ne l’aurais parié en le refermant.
Une nuit de fugue racontée par un ado de quatorze ans
Le roman est paru chez Flammarion en 2006. Julien Parme a quatorze ans, il vit à Paris avec sa mère, et il veut devenir écrivain. C’est d’ailleurs la seule matière où il obtient des résultats corrects, ce qui n’a peut-être qu’un rapport lointain avec le talent et un rapport très étroit avec le fait qu’il trouve sa prof de français à son goût. Le livre s’ouvre sur une adresse directe au lecteur : Julien nous prend à témoin, il a une histoire incroyable à nous raconter, celle qui lui est arrivée l’année précédente, et il compte bien nous la servir à sa façon.
Cette histoire, c’est une fugue. Une nuit entière dans Paris, une seule, mais une nuit qui déraille dans tous les sens et qui se terminera par un aller simple pour Saint-Dié, où sa mère l’expédiera finir sa scolarité. Voilà, c’est tout. Il n’y a pas de grande intrigue, pas de retournement spectaculaire, pas de suspense au sens classique du terme. Et pourtant on tourne les pages à toute vitesse.
Tout tient dans la voix
Parce que ce qui fait le livre, c’est le narrateur. Julien parle mal, se contredit, s’auto-congratule, exagère, se rattrape, ment ouvertement puis avoue qu’il a menti, revient en arrière pour corriger un détail. Il a cette assurance insupportable des garçons de cet âge qui croient avoir tout compris à la vie, doublée d’une fragilité qu’il ne voit pas et qu’on voit très bien pour lui. C’est là que Florian Zeller est fort : chaque fanfaronnade de son héros nous en dit un peu plus sur ce qu’il essaie de cacher.
Forcément, on pense à d’autres adolescents insolents de la littérature, et je vous laisse deviner lequel est venu en premier dans ma tête à moi. Ce n’est pas un défaut, c’est une filiation assumée, et Zeller y ajoute quelque chose de très parisien, de très daté aussi dans le bon sens du terme, une géographie de la ville la nuit qui donne envie de faire le même trajet.
Ce qui m’a le plus touchée, ce n’est pourtant pas l’humour, même s’il y en a beaucoup et que j’ai ri franchement à plusieurs reprises. C’est la question du père absent, qui traverse tout le livre sans jamais être posée frontalement. Julien passe son temps à parler d’autre chose, et l’autre chose finit par occuper toute la place. Le personnage se fabrique des histoires pour combler un vide, et devinez ce qu’il rêve de faire de sa vie. Écrire. Le livre est bien plus malin qu’il n’en a l’air.
Je ne vais pas vous dire que c’est parfait. Il y a des passages où le procédé du narrateur qui s’adresse au lecteur devient un peu appuyé, et j’ai eu envie de coller une claque à Julien au moins six fois, ce qui est peut-être exactement l’effet recherché. Et si les adolescents mal élevés vous exaspèrent, passez votre chemin, vous détesterez ce garçon dès la page dix.
Pour ma part je garde un excellent souvenir de ce roman, et je crois que je vais le relire cet été maintenant que j’en ai reparlé. C’est court, c’est enlevé, ça se lit en deux soirées, et ça laisse une petite trace mélancolique qu’on ne voit pas venir. Comme quoi il suffit parfois d’une série télé du jeudi soir pour ressortir un livre de sa mémoire. Si vous l’avez lu, dites-moi ce que vous en avez pensé, et si vous connaissez les autres romans de l’auteur, je suis preneuse de conseils pour continuer.