Un fauteuil en cuir dans une bibliothèque — illustration de « Persuasion de Jane Austen, et une nouvelle qui change ma vie »

Persuasion de Jane Austen, et une nouvelle qui change ma vie

Culture·4 min de lecture

Bonjour tout le monde ! Si je vous parle de ce livre aujourd’hui, ce n’est pas seulement parce que je l’ai lu en avril dans le cadre d’une lecture commune avec ma copinaute Céline, dont c’est d’ailleurs le blog’anniversaire aujourd’hui (allez la féliciter, elle le mérite). C’est aussi parce que le titre fait un clin d’œil assez savoureux à ce qui vient de m’arriver.

Petit contexte. Le 6 mai, j’apprenais que j’étais sur liste d’attente. Ce matin, j’ai reçu le coup de fil que j’attendais en rongeant mes ongles jusqu’à l’os : je passe sur liste principale. Autrement dit, si tout se déroule normalement, je pars enseigner en Angleterre l’an prochain comme assistante de français. Où exactement ? Mystère complet, je devrais le savoir d’ici la fin du mois. J’ai raccroché, j’ai fait trois fois le tour de la cuisine, et j’ai appelé ma mère. Bref, l’année qui vient va être intéressante. Revenons à nos moutons anglais, ou plutôt à « Persuasion ».

Anne Elliot et la seconde chance

« Persuasion » est le dernier roman achevé de Jane Austen, publié après sa mort en 1817. Rien que ça, ça met dans une drôle de disposition d’esprit quand on l’ouvre. J’ai toute la collection ou presque, il ne me manque qu’une couverture dans mon édition, et j’avais gardé celui-ci pour la fin sans trop savoir pourquoi.

L’histoire tient en peu de mots. Anne Elliot a vingt-sept ans, ce qui à l’époque et dans son milieu la range dans la catégorie des filles restées pour compte. Huit ans plus tôt, elle était fiancée au capitaine Frederick Wentworth, un marin sans fortune, et elle a rompu sur les conseils insistants de son entourage, notamment de Lady Russell qui lui tient lieu de seconde mère. Anne a obéi. Elle s’est laissé persuader. Et huit ans plus tard, alors que sa famille ruinée doit louer la propriété familiale, Wentworth réapparaît, riche cette fois, et parfaitement décidé à ne pas lui adresser la parole plus que nécessaire.

Vous voyez le tableau. Et vous voyez pourquoi le titre m’a fait sourire cette semaine, moi qui viens de dire oui à un truc qui va me déraciner pendant un an.

Ce que ce roman a de différent

Alors je vais être honnête, parce que c’est le principe de ce blog : au début, j’ai eu du mal. Anne est une héroïne discrète, effacée, qui subit sa famille sans broncher pendant un bon tiers du livre. Après l’insolence d’Elizabeth Bennet, ça déstabilise. J’avais envie de la secouer, de lui dire de répondre à son père et à sa sœur aînée, deux personnages d’une vanité assez extraordinaire que Jane Austen étrille avec une cruauté délicieuse.

Et puis on comprend. Anne n’est pas effacée, elle est en deuil de sa propre vie. Tout ce qu’elle ressent se passe à l’intérieur, dans des regards, des silences, des phrases qu’elle ne prononce pas. C’est un roman beaucoup plus mélancolique que les autres, écrit par une autrice qui n’allait pas bien et qui le savait. Il y a une gravité qu’on ne trouve ni dans « Orgueil et Préjugés » ni dans « Northanger Abbey ». On y parle de regret, du temps perdu, de ce qu’on ne rattrape jamais complètement.

Et puis il y a la lettre. Ceux qui l’ont lu savent exactement de quoi je parle. Je ne vais rien dévoiler, mais je peux vous dire que je l’ai lue trois fois d’affilée, assise dans mon lit à une heure du matin, et que j’ai eu la gorge serrée. Pour un roman du début du dix-neuvième siècle, c’est d’une modernité assez folle dans l’émotion. Les passages à Lyme, au bord de la mer, m’ont aussi énormément plu, on sort enfin des salons et ça change la respiration du livre.

La lecture commune avec Céline a beaucoup ajouté à l’expérience, d’ailleurs. On n’a pas du tout accroché aux mêmes passages, elle a détesté un personnage que j’ai trouvé attachant, et nos échanges m’ont fait relire des chapitres entiers d’un autre œil. Si vous n’avez jamais fait de lecture commune, essayez, c’est le meilleur moyen de découvrir qu’on n’a pas tous lu le même livre.

Alors, par lequel commencer si vous n’avez jamais lu Austen ? Sûrement pas celui-ci, il faut avoir déjà l’oreille faite à sa langue. Mais si vous l’avez déjà pratiquée et que vous trouvez ses fins un peu convenues, « Persuasion » vous attend, et il est plus doux-amer que tout ce que vous en attendez. Dites-moi en commentaires si vous l’avez lu, et surtout si la lettre vous a fait le même effet qu’à moi.

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