Emma Daumas, « Vivante », est de retour !
Culture·4 min de lecture
Nouveau pas de côté musical, et celui-là me tient particulièrement à cœur. Emma Daumas est revenue le 27 mai avec Vivante, un EP de six titres publié chez Abacaba. Je l’écoute depuis plusieurs jours, et j’ai envie d’en parler ici parce que cette artiste croise aussi le chemin des livres, ce qui donne à ce billet un prétexte parfaitement recevable.
Rappel pour ceux qui auraient perdu le fil. Emma Daumas a été révélée par la deuxième saison de la Star Academy en 2002, celle que Nolwenn Leroy a remportée. Son premier album, Le Saut de l’ange, sort l’année suivante, avec un premier single, Au jour le jour, qui s’écoule à deux cent mille exemplaires, puis Tu seras qui dépasse les trois cent mille. Suivent Effets secondaires en 2006, Le Chemin de la maison en 2008, un disque acoustique et un album de fables pour enfants en 2010.
Six titres pour reprendre la parole
Ce qui rend cet EP particulier, c’est qu’elle en signe elle-même l’ensemble des compositions, ce qui n’avait jamais été le cas jusqu’ici. On sent la différence. Les chansons ont l’air de venir d’un endroit précis, elles ne ressemblent pas à des costumes taillés par d’autres pour une voix. Le premier extrait, Les Promesses en l’air, donne le ton : une écriture directe, une mélodie qui ne cherche pas à impressionner, une voix qu’on avait presque oubliée et qui n’a rien perdu.
Le format court lui va bien. Six titres, on écoute d’un bout à l’autre sans décrocher, et on recommence. Un album long aurait peut-être dilué cette cohérence. Là, tout tient ensemble, comme une lettre plutôt que comme un roman. Certaines de ces chansons avaient d’ailleurs déjà été entendues sur scène ces derniers mois avant d’être enregistrées, ce qui explique peut-être leur solidité.
Le titre du disque n’est pas anodin. Vivante, quand on a connu une exposition énorme à vingt ans puis un chemin plus discret, ça sonne comme une déclaration tranquille. Pas une revanche, pas un retour spectaculaire annoncé à grand renfort de communication. Juste une manière de dire qu’on est encore là et qu’on travaille. Je trouve cette posture beaucoup plus digne que les come-back organisés au marteau.
Et puisqu’on parle de livres
Emma Daumas a publié en avril son premier roman, Supernova, chez Scrineo. Une fable contemporaine sur la célébrité, une fiction nourrie par ce qu’elle a vécu dans une émission de télévision qui fabriquait des vedettes en quelques semaines. Je n’ai pas encore eu le temps de le lire correctement, il attend dans ma pile, mais le sujet me paraît d’une justesse évidente venant d’elle.
Ce croisement m’intéresse beaucoup. On a longtemps regardé de haut les chanteurs qui écrivent des romans, comme si le talent devait rester dans son couloir. Pourtant les deux exercices se ressemblent plus qu’on ne le dit : trouver une voix, tenir une histoire, choisir quoi taire. Une chanson de trois minutes et un chapitre de dix pages ont la même exigence de rythme. Écouter cet EP en sachant qu’elle a écrit un livre le même printemps change un peu la façon dont on entend les textes.
Il y a aussi la question du temps long. Quatorze ans entre une émission de télévision et un EP qu’on compose entièrement soi-même, cela raconte une carrière construite en dehors des projecteurs, avec des années sans actualité, des concerts dans de petites salles, des projets qui n’aboutissent pas. Les artistes qui traversent ça et qui continuent m’impressionnent nettement plus que ceux qui vendent un million de disques en six mois.
Ce que j’en fais
Cet EP est parti dans ma sélection d’écoute de juin, celle qui accompagne mes lectures du soir. Il fonctionne particulièrement bien avec les romans qui parlent de reconstruction, ce qui n’est sans doute pas un hasard. J’en ai lu plusieurs cette année, et il se trouve que la musique et les livres se répondent parfois sans qu’on l’ait cherché.
Si vous ne l’avez pas suivie depuis ses débuts, ne vous arrêtez pas à l’étiquette télévisée collée en 2002. Écoutez les six titres dans l’ordre, sans idée préconçue, et jugez sur pièce. C’est tout ce qu’on peut demander à un auditeur.
Et si vous lisez Supernova avant moi, venez m’en parler. Je promets de le sortir de ma pile avant la fin de l’été, ce qui, connaissant l’état de ladite pile, relève de l’engagement solennel.