Un fauteuil en cuir dans une bibliothèque — illustration de « Drop Dead Diva, ou une blonde dans un corps de brune »

Drop Dead Diva, ou une blonde dans un corps de brune

Culture·5 min de lecture

Je réfléchis encore au classement du samedi et rien ne vient, alors je change de programme. Je viens de m’apercevoir d’une chose absurde : je regarde des séries toute la semaine, j’en parle sans arrêt autour de moi, et je n’ai jamais écrit une ligne à ce sujet sur ce blog. Réparons ça immédiatement avec un coup de cœur que j’ai avalé en deux semaines à peine.

« Drop Dead Diva », donc. Je sais, j’ai un train de retard puisque la série existe depuis l’été 2009 et compte quatre saisons. J’avais mes raisons : entre ce que je regarde déjà et ce que je devrais regarder, ajouter un titre supplémentaire relevait de l’indigestion programmée. J’ai fini par craquer et j’ai enchaîné les épisodes comme on descend un paquet de gâteaux.

Le pitch, aussi bête qu’efficace

Deb est mannequin, blonde, absolument pas préoccupée par le contenu de sa tête, et elle meurt dans un accident de voiture au bout de cinq minutes. Aux portes de l’au-delà, elle appuie sur un bouton qu’il ne fallait surtout pas toucher, et se réveille dans le corps de Jane Bingum, avocate brune, ronde, brillante et très seule. Elle garde ses souvenirs, elle perd son physique, elle hérite d’un cabinet et d’un dossier à plaider dans l’heure.

Sur le papier, c’est une idée de comédie usée jusqu’à la trame, celle de l’échange de corps qu’on a vue cent fois. La série créée par Josh Berman pour Lifetime s’en sort parce qu’elle prend son personnage au sérieux. Brooke Elliott joue Jane, et elle est la vraie raison de regarder : elle passe d’une plaidoirie parfaitement tenue à un fou rire de gamine sans que ça grince jamais. Brooke D’Orsay apparaît en Deb dans les retours en arrière, Ben Feldman joue Fred, l’ange gardien chargé de rappeler à Deb des règles qu’elle enfreint de toute façon, et Margaret Cho campe une assistante que j’aurais volontiers vue davantage à l’écran.

La structure est classique : une affaire par épisode, un cabinet, des rivalités internes, une histoire sentimentale qui traîne en longueur avec un collègue qui ignore tout de la situation. Rien de tout ça n’est neuf. Ce qui l’est davantage, c’est ce que la série fait du corps de son héroïne.

Ce qui m’a retenue au-delà du concept

La télévision américaine a une manière habituelle de traiter les femmes rondes : elles sont drôles, elles sont la meilleure amie, elles ne sont jamais désirées. Ici, Jane est belle, elle est habillée avec soin, elle plaît, et personne ne lui fait passer le message qu’elle devrait maigrir pour mériter tout ça. Le regard que Deb porte sur son nouveau corps évolue au fil des saisons, et cette évolution constitue à mon avis le vrai sujet de la série, bien plus que les procès.

Ça reste une série du samedi soir, entendons-nous. Les dossiers se résolvent trop vite, les revirements de dernière minute font sourire n’importe qui ayant vu deux épisodes d’une série judiciaire, et certaines intrigues sentimentales m’ont fait lever les yeux au ciel. Je ne la défends pas comme un chef-d’œuvre. Je la défends comme un remontant, ce qui n’est pas la même chose et n’est pas moins utile.

Et puis il y a la mauvaise nouvelle, celle qui me pousse peut-être à écrire ce billet maintenant plutôt que dans six mois. Lifetime a annoncé l’arrêt de la série après ces quatre saisons. Les fans se sont organisés, la pétition circule, les messages s’accumulent, et j’ai signé comme tout le monde sans trop y croire. On a déjà vu des chaînes revenir sur ce genre de décision, rarement, mais on l’a vu. En attendant, il reste quatre saisons à rattraper pour ceux qui, comme moi jusqu’à ce mois-ci, étaient passés à côté.

Un mot pour finir sur ce que ça m’a fait de regarder tout ça d’affilée. J’ai retrouvé exactement la sensation que j’ai en dévorant un roman en deux jours : l’envie de continuer qui l’emporte sur le sommeil, la mauvaise foi qui me fait dire « encore un et j’arrête », puis le vide au moment où il n’y a plus rien à lire. Je ne pensais pas qu’une série judiciaire de la télévision câblée me ferait ça. Si vous voulez savoir ce que je lis entre deux épisodes, tout est dans mes chroniques.

Racontez-moi vos séries doudou en commentaire. J’ai visiblement de la place dans mon planning, maintenant qu’il n’y a plus de saison cinq à attendre.

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