Une pile de classiques reliés aux tranches dorées près d'une fenêtre à croisillons — illustration de « Spirales de Tatiana de Rosnay, un sac oublié et tout qui s'effondre »

Spirales de Tatiana de Rosnay, un sac oublié et tout qui s’effondre

Culture·4 min de lecture

Petit tour du côté de la littérature contemporaine ce matin, avec une auteure que je suis depuis longtemps. Spirales de Tatiana de Rosnay est un roman paru chez Héloïse d’Ormesson il y a quelques années, repris depuis en format poche. Je l’avais acheté un peu par défaut, en attendant d’avoir enfin son dernier titre entre les mains, et je l’ai lu en deux jours sans le lâcher. Comme quoi les achats de patience réservent parfois des surprises.

J’ai découvert Tatiana de Rosnay avec Elle s’appelait Sarah, comme énormément de lectrices françaises, et j’avais gardé le souvenir d’une romancière de l’Histoire et de la mémoire. Spirales est ailleurs. Ici, pas de passé national, pas d’archives. Juste une femme, une chambre, et une situation impossible.

Une seule mauvaise décision

Hélène mène une vie que l’on qualifierait de rangée. Un mari, des enfants, un quotidien lisse dont elle ne se plaint pas particulièrement. Un jour, sur un coup de tête qu’elle-même ne s’explique pas, elle cède aux avances d’un inconnu. C’est la première fois de sa vie. Et pendant l’acte, l’homme meurt d’une crise cardiaque dans le lit.

Hélène s’enfuit. Elle décide de ne jamais en parler à personne, de rentrer chez elle et d’effacer cet après-midi de sa mémoire. Sauf que dans l’affolement, elle a laissé son sac à main dans la chambre. Avec ses papiers dedans.

Je me suis assise dans mon fauteuil en lisant ce détail et je n’en suis pas ressortie avant longtemps. Il y a des points de départ qui suffisent à eux seuls à faire un livre, et celui-là en fait partie. Tout le reste du roman découle de cet objet oublié, et de cette peur qui s’installe et grandit sans que rien de précis ne se produise pendant un bon moment.

Le suspense de la vie ordinaire

La comparaison avec Hitchcock revient souvent à propos de ce livre et elle n’est pas galvaudée. Le mécanisme est exactement celui du maître : une personne banale, une faute unique, et l’engrenage qui se referme. Le danger ne vient pas d’un criminel professionnel. Il vient d’un coup de téléphone qui pourrait sonner, d’une lettre qui pourrait arriver, d’un regard un peu appuyé au bureau.

Tatiana de Rosnay écrit ça de manière très resserrée, avec des phrases courtes, presque sèches, très différentes de ce que j’avais lu d’elle auparavant. Le livre est bref et n’a pas une once de graisse. Chaque scène fait avancer l’étau. J’ai particulièrement aimé les passages domestiques, les repas de famille où Hélène joue son rôle habituel en sachant que sa vie tient à un fil. Le contraste entre la conversation sur les vacances et ce qui se passe dans sa tête est glaçant.

Il y a aussi une réflexion assez amère sur les apparences, qui est le vrai sujet du roman. Hélène ne redoute pas la justice. Elle redoute le regard des autres, le jugement de son mari, ce que penseraient ses enfants et ses collègues. Elle est prête à des choses considérables pour que la façade tienne. Le titre est bien choisi : chaque décision prise pour se protéger creuse un peu plus le trou.

Ce qui m’a moins convaincue

Je dois reconnaître deux faiblesses. La première tient à quelques ficelles vers le dernier tiers, un ou deux hasards un peu généreux qui font avancer l’intrigue au bon moment. Dans un roman construit sur une mécanique aussi implacable, ces facilités se remarquent davantage qu’ailleurs.

La seconde concerne les personnages secondaires. Le mari, notamment, reste flou. On aimerait comprendre ce qui se joue exactement dans ce couple avant la fameuse chambre d’hôtel, et le livre n’y répond pas vraiment. C’est peut-être volontaire, la narration collant au plus près d’Hélène, mais j’aurais aimé un peu plus de matière.

Cela dit, je le recommande sans hésitation, surtout à celles qui connaissent Tatiana de Rosnay uniquement pour ses romans historiques et qui ignorent qu’elle a écrit ce genre de choses. C’est le livre idéal pour un dimanche pluvieux de décembre, quand on veut être tenue en haleine sans s’engager dans un pavé. Prévoyez seulement de le commencer tôt dans la journée, parce que vous ne le poserez pas avant la fin.

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