TFMA : l’animation, quand tu nous tiens
Culture·4 min de lecture
Bonsoir tout le monde. J’ai une chronique sur « Anna Karénine » qui traîne dans mes brouillons depuis que j’ai vu le film de Joe Wright en décembre, et je n’arrive pas à la finir. Il y a trop à dire, ce qui est toujours mauvais signe pour un article. Du coup je fais ce que je fais chaque fois que je bloque : j’écris autre chose. En l’occurrence le rendez-vous de BigreGirl, avec quelques jours de retard, sur les films d’animation qu’on préfère.
Autant vous prévenir, c’est le classement le plus difficile que j’aie eu à faire depuis que je participe. Départager des films qu’on a vus à cinq ans et revus à vingt-deux relève de la cruauté.
Mon classement, avec beaucoup de mauvaise foi
Cinquième place : « Sinbad, la légende des sept mers ». Mon DreamWorks à moi. Je pourrais citer « Le Prince d’Égypte », qui est objectivement plus ambitieux et plus beau, mais Sinbad me touche autrement. Sorti en 2003, c’est le dernier film que le studio a réalisé en animation traditionnelle avant de tout basculer sur ordinateur, et ça se voit dans chaque plan de mer. Le film a été un échec commercial retentissant, au point de mettre le studio en difficulté, ce qui me rend encore plus attachée à lui. En version originale, c’est Brad Pitt qui prête sa voix au héros, après le désistement de Russell Crowe. Je ne dis jamais non à Brad Pitt.
Quatrième place, et je triche ouvertement : le bloc Disney de mon enfance. « Le Roi Lion », « La Petite Sirène », « Les 101 Dalmatiens », « Le Bossu de Notre-Dame ». Je suis incapable de les départager, alors je les mets ensemble et tant pis pour le règlement. « Le Roi Lion » reste ma première séance de cinéma, j’avais quatre ans et je me souviens surtout d’avoir pleuré très fort au mauvais moment. Quant aux dalmatiens, ceux qui me lisent depuis un moment savent déjà ce que ce film a fait de mon appartement.
Troisième place : « Le Voyage de Chihiro » de Hayao Miyazaki. J’y suis venue tard, presque à reculons, avec l’idée idiote que l’animation japonaise n’était pas pour moi. Le film a reçu l’Oscar en 2003 et je l’avais snobé quand même. Quand je l’ai enfin regardé, j’ai passé deux heures sans bouger. Ce qui m’a saisie, c’est que rien n’y est jamais tout à fait bon ou tout à fait mauvais, ce qui n’arrive pratiquement jamais dans un film destiné aux enfants.
Deuxième place : « Là-haut » de Pixar. Les dix premières minutes suffisent à justifier la place. Sans un mot de dialogue, on assiste à une vie entière, à un mariage, à un projet repoussé année après année, à une absence. J’ai pleuré dans une salle pleine d’enfants qui, eux, attendaient patiemment que les ballons décollent. Le reste du film est plaisant sans plus, mais cette ouverture est ce que l’animation a produit de plus adulte.
Première place : « La Belle et la Bête », arrivé sur nos écrans en 1992. Belle lit, Belle refuse un mariage arrangé, Belle a un caractère de cochon, et la bibliothèque reste la plus belle déclaration d’amour jamais filmée à destination d’une lectrice. C’est aussi le premier film d’animation à avoir été nommé à l’Oscar du meilleur film, toutes catégories confondues, ce qui a fait grincer pas mal de dents à l’époque. Je le revois au moins une fois par an et la chanson du générique me met dans le même état qu’à six ans.
L’animation n’est pas un genre pour enfants
Ce classement m’a rappelé à quel point je déteste entendre qu’un film d’animation est « un film pour les petits ». Chihiro parle du travail et de la perte de son nom. « Là-haut » commence par un deuil. Le Bossu s’ouvre sur une scène qui m’a terrifiée. Ce sont des récits qui traitent leurs spectateurs en adultes miniatures, et c’est exactement ce qui les fait tenir vingt ans plus tard.
Je remarque aussi que quatre de mes cinq choix reposent sur un livre, un conte ou une légende écrite bien avant eux. Décidément, tout me ramène toujours aux mêmes rayons. Vous retrouverez d’ailleurs mes lectures du moment dans les chroniques si le cœur vous en dit.
Et vous, quel est le film d’animation que vous revoyez sans jamais vous en lasser ? Je promets de revenir très vite avec Anna Karénine, dès que j’aurai réussi à écrire trois paragraphes qui tiennent debout.