« La Plage de la mariée » de Clarisse Sabard, une quête de père en Bretagne
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Bonjour tout le monde ! Décidément, cette semaine est chargée côté lectures. Aujourd’hui sort le nouveau roman de Clarisse Sabard chez Charleston, « La Plage de la mariée », et autant vous prévenir tout de suite : j’attendais ce livre avec une impatience presque déraisonnable. « Les Lettres de Rose », son premier roman paru l’an dernier et couronné du Prix du Livre Romantique, avait été un gros coup de cœur. Autant dire que la barre était haute et que j’avais un peu peur.
De quoi ça parle
2015, à Nice. Zoé, trente ans, est en pleine engueulade avec sa conseillère Pôle Emploi quand sa vie bascule. Ses parents ont eu un accident de moto. Son père est mort sur le coup. Sa mère, trop gravement blessée pour s’en sortir, tient encore assez longtemps pour lâcher une révélation : l’homme qui a élevé Zoé n’était pas son père. Et pour tout indice, une phrase, « La Plage de la mariée ».
Zoé met quatre mois à encaisser, puis finit par craquer et part chercher la vérité. Elle atterrit en Bretagne et se fait embaucher dans une cupcakerie tenue par Alice, une ancienne psychologue franco-américaine. À partir de là, le roman fait ce que Clarisse Sabard fait le mieux : dérouler un passé familial en même temps qu’une reconstruction.
Une héroïne qu’on n’a pas envie de consoler tout de suite
Voilà ce que j’ai aimé par-dessus tout. Zoé n’est pas immédiatement sympathique. Elle est cassante, elle boit un peu trop, elle envoie balader les gens qui lui tendent la main, elle s’enferme dans sa colère. On ne nous sert pas une orpheline courageuse qui encaisse avec dignité. On nous sert quelqu’un de vraiment abîmé, qui se comporte mal parce que c’est ce que fait le chagrin quand il n’a pas de sortie.
Du coup, quand elle commence à aller mieux, on y croit. Rien n’est offert. La bienveillance des personnages autour d’elle ne fait pas de miracle, il faut du temps, des rechutes, des scènes où elle gâche tout. J’ai trouvé ça beaucoup plus émouvant que si l’autrice nous avait installé une héroïne parfaite dans un décor de carte postale.
Alice, la patronne de la cupcakerie, mérite son propre roman. Ancienne psy, elle a cette manière de poser les bonnes questions au mauvais moment qui m’a beaucoup amusée. Et pour une fois, le personnage âgé et sage n’est pas une potiche décorative, elle a ses propres blessures et son propre égoïsme.
La Bretagne sans les clichés (ou presque)
Je craignais la carte postale, les crêpes, les marinières et la pluie qui tombe pile quand il faut une métaphore. Il y a un peu de tout ça, ne mentons pas, mais l’écriture reste sobre. Clarisse Sabard décrit les lieux comme quelqu’un qui les a arpentés, avec des détails un peu bêtes et donc justes : l’odeur d’une boutique le matin, le bruit d’un rideau de fer, la lumière moche de novembre.
Le secret de famille, lui, tient la route. Je l’avais deviné à moitié vers le milieu du livre, ce qui n’a rien gâché, parce que le plaisir n’était pas dans la révélation mais dans le chemin pour y arriver. Et il y a une scène, vers la fin, où Zoé comprend enfin pourquoi sa mère s’est tue toute sa vie, qui m’a mise dans un état pas possible. J’ai reposé le livre sur mes genoux et j’ai regardé le mur un moment.
Deux réserves, quand même
L’histoire d’amour arrive un peu comme un passage obligé. Elle est jolie, elle est bien écrite, mais elle ne m’a jamais tenue en haleine autant que la quête familiale. J’aurais accepté sans problème un roman où Zoé se répare toute seule.
Et puis quelques coïncidences font grincer. Certaines rencontres tombent vraiment très bien pour l’enquête de Zoé. On pardonne parce qu’on est embarqué, mais un lecteur d’humeur chagrine pourrait tiquer.
Au final, un deuxième roman qui confirme tout ce que j’espérais. C’est chaleureux sans être mièvre, triste sans être plombant, et ça se lit avec une facilité qui cache beaucoup de travail. Je le recommande à toutes celles qui aiment les histoires de filiation et les héroïnes qui recollent leurs morceaux. Prévoyez les mouchoirs, je ne plaisante pas.