Ma vie, mon ex et autres calamités de Marie Vareille, la comédie romantique française que j’attendais
Comédie romantique·5 min de lecture
Je devais lire trois pages avant de dormir. J’ai refermé le livre au milieu de la nuit avec la lampe de chevet encore allumée et cette tête un peu bête de quelqu’un qui vient de passer la soirée avec des gens qu’il ne connaissait pas la veille. Ma vie, mon ex et autres calamités de Marie Vareille, paru chez City au début de l’été, est resté mon plus gros coup de coeur de ces derniers mois, et j’ai laissé passer beaucoup trop de temps avant de venir vous en parler. On rattrape aujourd’hui.
C’est quoi le pitch Holly ? Juliette a un amoureux, un travail, un appartement et trente et une paires de chaussures. Du jour au lendemain, elle se retrouve célibataire, au chômage et sans toit, ce qui fait beaucoup pour une seule semaine. Elle déprime consciencieusement devant des séries en avalant des cookies, jusqu’à ce qu’une cascade de quiproquos la pousse à affronter sa terreur absolue, l’avion, et à débarquer aux Maldives sur les traces de son ex et de la nouvelle femme de sa vie.
Juliette perd tout, et franchement, tant mieux
Ce qui m’a attrapée dès les premières pages, c’est le ton. Juliette raconte sa propre catastrophe avec une lucidité qui désamorce le pathos avant même qu’il s’installe. Elle se voit se ridiculiser, elle le commente, elle recommence quand même. On rit d’elle et avec elle sans jamais avoir l’impression que l’autrice se moque de son personnage, ce qui est une ligne de crête beaucoup plus difficile à tenir qu’il n’y paraît. J’ai lu des comédies où l’héroïne est maltraitée par sa créatrice pour faire rire le lecteur. Ici, jamais.
L’autre bonne idée, c’est le rythme. Marie Vareille ne laisse pas son personnage se morfondre pendant cent cinquante pages. La chute est rapide, brutale, presque comique tellement tout tombe en même temps, et le départ arrive vite. Résultat, on ne s’ennuie pas une seconde, et le voyage aux Maldives n’a rien de la carte postale attendue. Juliette y arrive avec ses angoisses dans les bagages et elle continue à les traîner sur le sable, ce qui rend l’ensemble beaucoup plus juste qu’une histoire de reconstruction miraculeuse au bord d’un lagon.
Une comédie romantique française qui ne s’excuse pas
Il faut dire quelque chose sur ce point, parce qu’il compte. Les rayons de comédie romantique en France sont surtout remplis de traductions anglaises et américaines, et j’en dévore, personne ne me fera dire le contraire. Mais quand j’ouvre un roman où l’héroïne prend le métro que je prends, s’énerve sur les mêmes tracas administratifs et cite les mêmes marques de biscuits, il se passe quelque chose de plus intime. Marie Vareille écrit une héroïne parisienne sans surjouer le folklore parisien, et c’est exactement le dosage que j’espérais.
On sent aussi que l’autrice connaît le genre par coeur. Elle sait où le lecteur attend un cliché, et elle s’amuse à le décaler d’un demi-pas. La rivale n’est pas la peste qu’on croit. Le sauveur potentiel n’a pas vocation à sauver qui que ce soit. Même la fameuse peur de l’avion, qui aurait pu être un gag répété quinze fois, sert de fil rouge à quelque chose de plus profond sur la façon dont on s’arrange avec ses propres limites. C’est de la comédie, mais de la comédie qui réfléchit.
Ce qui m’a un peu chiffonnée
Je ne vais pas faire semblant d’avoir tout adoré. Le dernier tiers file un peu vite à mon goût, comme si le roman avait hâte d’arriver à sa conclusion alors que j’aurais volontiers passé cinquante pages de plus avec ces personnages. Deux ou trois seconds rôles auraient mérité un vrai développement, notamment du côté des amitiés féminines, qui sont pourtant ce qui tient Juliette debout. Et je reste persuadée que la couverture, jolie mais très sage, ne rend pas justice à l’humour un peu féroce qu’il y a à l’intérieur.
Cela dit, ce sont des réserves de lectrice qui aurait voulu que ça dure. Je l’ai prêté à quelqu’un qui me répète depuis des années que la comédie romantique n’est pas de la littérature, et je l’ai récupéré avec des pages cornées, ce qui est le plus beau compliment qu’un livre puisse recevoir dans mon entourage. Ce genre de conversion silencieuse vaut toutes les critiques élogieuses.
Si vous cherchez une lecture qui fait du bien sans vous prendre pour un imbécile, celle-ci fera l’affaire. Et si vous en voulez d’autres dans le même esprit, il y a de quoi faire du côté de mes chroniques. Marie Vareille signe là son premier roman et j’attends la suite avec une impatience assez peu digne. Dites-moi en commentaire si vous l’avez lu, j’ai besoin d’en parler avec quelqu’un.