Marque-pages, carnets, lampes : ce qui sert vraiment quand on lit
Culture·5 min de lecture
J’ai vidé le tiroir de ma table de nuit la semaine dernière. Bilan : onze marque-pages, deux carnets entamés à la page quatre, une lampe qui éclaire mal, trois stylos morts et un objet en cuir dont j’ai oublié la fonction. Tout ça pour une activité qui, techniquement, ne demande qu’un livre et de la lumière.
Les accessoires de lectrice sont un piège adorable. Ils donnent l’impression de lire davantage alors qu’on est simplement en train d’acheter des choses autour de la lecture. J’ai donc fait un tri sincère, catégorie par catégorie, en séparant ce qui sert tous les jours de ce qui fait joli sur une étagère.
Les marque-pages : la grande hypocrisie
Commençons par l’aveu. Je corne les pages. Je sais que ça horrifie une partie des gens qui liront ces lignes, et j’assume à moitié. Un livre qui a vécu, avec des coins pliés et une tranche cassée, me plaît davantage qu’un livre resté neuf. Mais je corne surtout parce que le marque-page a toujours quitté le livre entre deux séances de lecture.
Le marque-page en carton fin offert par la librairie glisse et tombe. Le marque-page à pompon ne rentre pas dans un sac. Celui en métal, très élégant, laisse une marque sur le papier et abîme le dos des livres de poche. Le seul modèle qui a survécu chez moi, c’est le ruban cousu dans la reliure de certains beaux volumes, parce qu’il ne peut pas s’échapper.
Verdict : un marque-page souple, plat, sans relief, et de préférence en plusieurs exemplaires identiques pour ne pas pleurer quand il disparaît. Le reste est de la décoration. Ce n’est pas un défaut, il faut juste savoir ce qu’on achète.
Le carnet de lecture, ce projet qu’on abandonne toujours
J’ai acheté trois carnets magnifiques en trois ans. Le premier contient sept fiches détaillées avec titre, auteur, éditeur, nombre de pages, résumé, avis, note sur cinq. Il s’arrête net en février. Le deuxième a servi de liste de courses. Le troisième attend toujours son inauguration parce qu’il est trop beau pour être écrit dessus, ce qui est le plus bête des arguments.
Ce qui a fini par marcher tient en une règle : moins de cases. Une ligne par livre, le titre, la date, et une phrase. Une seule. Parfois trois mots. Quand j’ai supprimé la note sur cinq et le résumé, le carnet a cessé d’être un devoir du soir. Un an après, je peux relire mes lignes et retrouver exactement l’humeur d’une lecture, ce qu’un tableau de statistiques ne m’a jamais donné.
L’autre usage, celui que je conseille vraiment, c’est le carnet à citations. Recopier une phrase à la main oblige à la relire lentement. C’est le seul moment où je ralentis dans un roman, et ce sont ces pages-là que je rouvre le plus souvent. Un carnet fin, à emporter, mille fois plus utile qu’un journal de lecture organisé comme un mémoire.
La lumière, le vrai sujet dont personne ne parle
On dépense en housses et en mugs à citations, et on lit sous une ampoule qui donne mal au crâne au bout de quarante minutes. La lampe de chevet est de loin l’achat qui a le plus changé mes soirées de lecture. Pas la plus jolie, la mieux placée : au-dessus de l’épaule, orientable, avec une lumière chaude qui tombe sur la page et pas sur le mur d’en face.
Deux détails comptent plus que le design. Un interrupteur qu’on atteint sans se lever, sinon on repousse le moment d’éteindre et on lit trois chapitres de trop. Et un abat-jour qui ne renvoie pas la lumière dans les yeux quand on lit couché, position que les fabricants de lampes semblent n’avoir jamais testée.
Pour les gros volumes, j’ajouterai un objet ridicule et pourtant précieux : un coussin posé sur les genoux. Tenir Le Comte de Monte-Cristo à bout de bras pendant une heure relève de la musculation, et Alexandre Dumas n’avait pas prévu nos poignets. Un coussin ferme, un plaid, et la séance dure deux fois plus longtemps.
Ce que je garde, ce que je laisse en vitrine
Dans la colonne utile : une lampe correcte, des marque-pages simples en série, un carnet à citations, un coussin, et un sac dans lequel un livre de poche entre sans être plié. Cinq choses. Aucune n’est photogénique.
Dans la colonne décoration : les fioles, les affiches de citations, les carnets trop beaux pour servir, les serre-livres en fonte qui pèsent trois kilos et les boîtes prévues pour ranger des livres qu’on veut justement avoir sous la main. Rien de honteux là-dedans. J’ai gardé la moitié de ces objets et je les regarde avec plaisir. Simplement, ils ne m’ont jamais fait lire une page de plus.
La conclusion est un peu vexante pour ma table de nuit : lire coûte presque rien. Un livre emprunté, une bonne lampe, du temps. Tout le reste appartient au plaisir d’être une lectrice équipée, ce qui est un plaisir parfaitement respectable, à condition de ne pas le confondre avec le fait de lire.