Un fauteuil moelleux près d'une fenêtre — illustration de « La vie et moi, de Cecelia Ahern »

La vie et moi, de Cecelia Ahern

Feel good·4 min de lecture

Comme promis ce matin, voici un billet plus léger. Enfin, plus léger en apparence, vous allez voir.

Début mai, un blog que je suis depuis un moment proposait un petit concours pour gagner un roman de Cecelia Ahern, l’auteure irlandaise à qui l’on doit P.S. I Love You entre autres. J’ai tenté ma chance sans y croire, comme d’habitude, et j’ai remporté l’un des lots : son dernier roman paru chez Flammarion, La vie et moi. Merci encore, sincèrement, parce que je ne l’aurais probablement pas acheté de moi-même et que je serais passée à côté de quelque chose.

Une convocation dans une enveloppe dorée

Lucy Silchester rentre du travail un soir et trouve une enveloppe dorée sur son paillasson. À l’intérieur, une invitation à rencontrer sa Vie. Pas la vie en général, non : sa Vie à elle, en personne, qui aimerait avoir un mot avec elle. Lucy a laissé traîner cette enveloppe un bon moment, ce qui vous donne déjà une idée du personnage.

Parce que Lucy va mal et fait comme si tout allait bien, ce qui est un sport national chez les héroïnes de romans et, accessoirement, chez à peu près tout le monde. Elle déteste son travail, elle a laissé filer ses amies, elle évite sa famille avec une virtuosité qui force le respect, et elle ment sur à peu près tout, y compris sur des détails sans importance. Sa Vie prend l’apparence d’un vieil homme épuisé et pas très soigné, l’image exacte de l’état dans lequel elle l’a laissée. Et non, ce n’est pas une femme, ce qui m’a d’abord surprise avant de me sembler assez juste.

Le principe est absurde et il fonctionne. Cecelia Ahern a cette habitude de prendre une idée qui ne tient pas debout et de la traiter comme la chose la plus normale du monde, avec des rendez-vous administratifs, des reproches et des silences gênés. Les scènes où Lucy et sa Vie se disputent dans un café ou dans une voiture m’ont fait rire franchement, avant de me mettre légèrement mal à l’aise. Parce qu’à un moment, vous vous demandez à quoi ressemblerait la vôtre si elle sonnait à votre porte demain. Je n’ai pas trouvé la réponse rassurante.

Ce qui m’a plu, ce qui m’a agacée

Ce que j’ai aimé par-dessus tout, c’est le traitement du mensonge. Lucy ment sans raison, par petits arrangements, pour ne pas avoir à expliquer. Ce n’est pas jugé, c’est juste montré, et le personnage devient beaucoup plus touchant quand on comprend d’où viennent ces mensonges. La partie sur sa famille est celle qui m’a le plus touchée, notamment son rapport à son père, que je ne vais pas détailler pour ne rien vous gâcher.

Ce qui m’a agacée : le roman est trop long. Il y a un ventre mou au milieu où les rendez-vous entre Lucy et sa Vie se répètent avec des variantes, et j’ai eu envie de secouer le livre pour lui dire d’avancer. Certaines scènes de bureau auraient pu sauter sans dommage. J’ai aussi trouvé le personnage du collègue un peu trop pratique pour la mécanique de l’histoire, si vous voyez ce que je veux dire.

Et puis il y a le chat. Je ne dis rien de plus, mais si vous avez déjà eu un animal et que vous êtes du genre à pleurer facilement, gardez un mouchoir à portée. J’ai lu ces pages dans le train, ce qui était une erreur de planification.

Au final, je le range du côté des livres qui font du bien sans mentir sur le prix à payer. Ce n’est pas une comédie où tout se règle grâce à un beau garçon au chapitre vingt. C’est l’histoire d’une fille qui doit reconnaître devant témoin qu’elle a saboté à peu près tout, et qui commence à réparer par le plus petit bout. Ça m’a semblé honnête, et venant d’un roman qu’on rangerait volontiers dans la catégorie légère, c’est déjà beaucoup.

Si vous avez aimé les autres romans de l’auteure, celui-ci ne vous décevra pas. Si vous n’avez jamais rien lu d’elle, c’est une porte d’entrée correcte, à condition d’accepter le postulat de départ sans discuter. Moi, je vais aller ranger mon appartement avant que ma propre Vie décide de m’envoyer un courrier recommandé.

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