« À la poursuite du soleil » de Karina Halle, un été italien qui pique
Feel good·2 min de lecture
Il fait un froid de canard, la nuit tombe à cinq heures, et j’ai passé le week-end en Italie du Sud grâce à Karina Halle. « À la poursuite du soleil » est sorti le mois dernier chez Hugo Roman et forme avec « Lorsque ciel et mer se fondent » un duo de romans de voyage. On peut les lire séparément, ce que j’ai fait, et ça fonctionne très bien.
Amber MacLean a vingt-quatre ans et vient de passer six mois sac au dos entre la Nouvelle-Zélande, l’Australie et l’Asie du Sud-Est. Elle échoue en Méditerranée complètement fauchée, sans même de quoi se payer un billet retour pour la Californie. Il y a pire comme endroit où rester coincée, on est d’accord. Le seul travail qu’elle trouve consiste à enseigner l’anglais à deux enfants placés sous la tutelle de leur grand frère, Desiderio Larosa, ancien pilote moto que tout le monde appelle Derio. Elle s’installe dans la vieille villa familiale. Vous devinez la suite, mais la suite est mieux écrite que ce que vous devinez.
L’Italie sans carte postale
Ce que j’aime chez Karina Halle, c’est qu’elle écrit les lieux comme quelqu’un qui y a transpiré. Le littoral est magnifique, oui, mais il y a aussi les moustiques, la chaleur qui écrase l’après-midi, la villa qui se dégrade parce que personne n’a l’argent pour l’entretenir, et les habitants du village qui observent l’étrangère avec une curiosité pas toujours aimable. Cette épaisseur du décor évite le dépliant touristique et donne au roman une texture que j’ai trouvée délicieuse.
Le motif du voyage est traité intelligemment aussi. Amber n’est pas partie faire le tour du monde par amour de l’aventure. Elle est partie parce que rester était devenu compliqué, et son errance est autant une fuite qu’une découverte. Se retrouver sans argent dans un pays étranger, ce n’est pas romantique du tout. C’est humiliant et angoissant, et le roman le dit sans détour avant de laisser la lumière revenir.
Derio, ou comment détester quelqu’un pendant deux cents pages
Je préviens : Derio est odieux. Franchement odieux. Il est sec, méprisant, il claque des portes, il traite Amber comme du personnel qu’on ne salue pas. J’ai passé le premier tiers du roman à vouloir qu’elle démissionne, quitte à dormir sur une plage. Puis, petit à petit, l’autrice glisse les raisons. Ce qu’il a perdu, ce qu’il a arrêté de faire, pourquoi il vit reclus dans une maison trop grande avec deux enfants dont il ne sait pas s’occuper.