Une pile de classiques reliés aux tranches dorées près d'une fenêtre à croisillons — illustration de « On se retrouvera de Laëtitia Milot, naître d'un secret »

On se retrouvera de Laëtitia Milot, naître d’un secret

Culture·4 min de lecture

Ce roman traînait sur ma pile depuis des mois. Commencé, posé, repris, reposé. Et puis j’ai vu passer l’annonce de son adaptation, diffusée ce soir même à la télévision, et j’ai fait ce que font toutes les lectrices un peu obsessionnelles : j’ai lu les deux tiers restants en un week-end pour être à jour avant les images. Je refuse de découvrir une histoire par l’écran quand le livre m’attend depuis Noël.

On se retrouvera est le premier roman de Laëtitia Milot, paru chez Fayard en 2013. J’avoue que j’ai eu un mouvement de recul en achetant un livre écrit par une comédienne connue, et je m’en veux un peu. C’est un réflexe idiot, hérité de trop de mauvaises expériences avec des livres de personnalités. Celui-ci ne mérite pas ce procès.

Une phrase qui fait basculer une vie

Margot a une trentaine d’années. Elle vit dans un village des Landes, elle tient avec son amie Alice une petite entreprise de décoration de jardin, sa vie ressemble à ce qu’on appelle une vie tranquille. Puis sa mère meurt, et avant de partir elle lui livre ce qu’elle a gardé pour elle pendant trente ans : un soir, sur une route, elle a été violée et laissée pour morte dans la garrigue. De cette nuit-là est née une enfant. Cette enfant, c’est Margot.

Tout part de là. Et le roman a l’intelligence de ne pas transformer immédiatement son héroïne en enquêtrice héroïque. Margot encaisse d’abord. Elle relit sa propre enfance à la lumière de cette phrase, elle repense aux silences de sa mère, aux regards qu’elle n’avait pas compris, à ce qu’elle a toujours pris pour de la froideur. C’est la partie du livre que j’ai trouvée la plus réussie, celle où il ne se passe rien d’autre qu’une femme qui redécouvre d’où elle vient.

Un polar, oui, mais pas seulement

Ensuite, Margot cherche. Elle veut savoir qui étaient ces hommes, elle veut des noms, elle veut comprendre si elle les a déjà croisés au marché du samedi. Le roman bascule alors dans une mécanique plus classique de traque et de menace, avec des fausses pistes et des rencontres inquiétantes. C’est efficace, ça se lit à toute vitesse, et j’ai passé une bonne partie de ma soirée de samedi à repousser l’heure du coucher pour savoir.

Je serais malhonnête si je vous disais que l’écriture m’a éblouie. Elle est simple, parfois un peu appuyée, avec des phrases qui expliquent ce que la scène précédente avait déjà fait comprendre. Certains dialogues sonnent comme une voix off. Mais il y a une vraie tension dans la construction, et une chose que beaucoup de romans plus ambitieux ratent : on croit à cette femme. On la suit parce qu’elle a peur, pas parce qu’elle est courageuse.

Ce que le livre dit vraiment

Le sujet du roman n’est pas la violence en elle-même. C’est ce qu’elle laisse derrière, trente ans plus tard, dans le corps de deux femmes qui n’en ont jamais parlé. La mère a choisi le silence en pensant protéger sa fille, et le livre montre le prix exact de ce choix. Il montre aussi ce que ça fait de porter la moitié d’un patrimoine génétique qu’on déteste, et cette question-là est vertigineuse. Margot passe une partie du roman à se demander si elle a hérité de quelque chose d’eux.

J’ai apprécié qu’aucune scène de violence ne soit racontée pour faire frissonner. Tout est vu de loin, par les conséquences, par le récit d’une mourante et par les recherches d’une fille. Dans un genre où la surenchère est devenue la règle, cette retenue est presque reposante, si on peut employer ce mot ici.

Alors non, ce n’est pas le polar de l’année, et je ne vais pas prétendre le contraire. C’est un premier roman honnête, tenu, porté par un sujet que la littérature policière française traite rarement de ce point de vue. Je l’ai refermé à trois heures du matin, un peu sonnée, avec l’envie d’appeler quelqu’un pour rien. Ce soir, je regarderai l’adaptation avec la méfiance habituelle des lectrices. J’ai déjà mon avis, et il vient du papier.

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