Un roman posé sur un lit défait à côté d'un carnet et d'un stylo — illustration de La malédiction de la zone de confort » : et si la fiction devenait réalité ?

« La malédiction de la zone de confort » : et si la fiction devenait réalité ?

Il sort aujourd’hui chez Pygmalion, j’ai eu la chance de le lire avec un peu d’avance, et je n’ai pas tenu jusqu’à demain pour vous en parler : « La malédiction de la zone de confort » de Marianne Levy est exactement le genre de roman pour lequel ce blog existe.

Rose a presque tout pour être heureuse. Après 763 auditions infructueuses, oui, vous avez bien lu, 763, elle décroche enfin un grand rôle dans la série télé de l’année, une série française à l’américaine. Elle peut compter sur une bande d’amis joyeuse et sur un fiancé imaginaire avec lequel elle assure vivre, enfin, une relation équilibrée. Ajoutez à cela une passion dévorante pour un poète médiéval prénommé Guillaume, et une rage froide contre l’inconnu qui a emprunté son précieux recueil de poésie. De l’autre côté, il y a Ben, auteur de polars en panne sèche, incapable d’écrire une ligne, et accessoirement détenteur du fameux recueil.

Un roman qui aime les comédies romantiques autant que nous

Ce que j’ai adoré, c’est que Marianne Levy ne se contente pas d’écrire une comédie romantique : elle écrit un hommage au genre tout entier. On sent à chaque page une autrice qui aime les mêmes films que nous, qui connaît les codes par cœur et qui s’amuse avec, sans jamais les mépriser. Le titre dit tout : nos personnages vont devoir sortir de leur fameuse zone de confort, et nous avec eux.

Confession du jour : j’ai lu des chapitres entiers dans mon bain, jusqu’à ce que l’eau devienne franchement froide, parce que je voulais absolument savoir comment Rose et Ben allaient finir par se percuter. Le duo fonctionne à merveille, elle avec son enthousiasme un peu fêlé, lui avec sa panne d’inspiration et sa mauvaise foi. Leurs chapitres se répondent, et j’ai souri bêtement pendant des heures.

Est-ce que tout est crédible ? Non, et c’est tant mieux. La comédie romantique assume ici son grain de folie, ses coïncidences énormes, son romanesque à paillettes. Si vous cherchez du réalisme social, passez votre chemin. Si vous cherchez un roman qui vous fait du bien, qui vous fait rire et qui vous donne envie de revoir vos classiques du genre, c’est celui-là qu’il vous faut cet automne.

Une comédie française qui assume, enfin

Il faut que je vous dise pourquoi ce roman me met en joie au-delà de son intrigue. Je passe ma vie de blogueuse à défendre la comédie romantique française, coincée entre les traductions anglo-saxonnes qui occupent les tables des librairies et le petit sourire en coin des gens sérieux quand j’annonce ce que je lis. Alors quand une autrice de chez nous écrit une déclaration d’amour au genre, avec des références assumées et un savoir-faire pareil, je me sens moins seule. La comédie romantique n’est pas un sous-genre honteux, c’est un artisanat de précision : faire rire et émouvoir en même temps, sans temps mort, demande bien plus de métier qu’on ne le croit. Ce livre le prouve page après page.

Techniquement, d’ailleurs, c’est du beau travail. Les chapitres de Rose et ceux de Ben alternent et se répondent, chacun avec sa voix bien à lui, et le running gag des 763 auditions revient toujours au bon moment sans jamais s’user. J’ai pensé plus d’une fois à mes comédies préférées au cinéma, celles où l’on sait exactement où l’on va et où tout le bonheur est dans le comment.

Pour qui, alors ? Pour les inconditionnelles du genre, qui y retrouveront leurs codes chéris astiqués de frais, et pour les lectrices fatiguées, celles qui sortent d’une rentrée littéraire chargée et qui veulent un livre qui ne leur demande rien d’autre que d’être bien. C’est la lecture d’octobre idéale, quand les soirées raccourcissent et que le plaid redevient un meuble à part entière.

Confession supplémentaire : après l’avoir terminé, j’ai ressorti mon DVD de « Coup de foudre à Notting Hill », que je connais pourtant réplique par réplique. C’est l’effet que font les bons hommages : ils ne remplacent pas les classiques, ils vous y renvoient avec l’envie de tout revoir. Peu de romans m’ont fait rallumer le lecteur DVD un mardi soir.

Verdict : une bulle de bonheur, à lire un plaid sur les genoux. Marianne Levy entre directement dans ma liste des autrices dont je guetterai chaque sortie, et croyez-moi, cette liste est courte.

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