Un fauteuil moelleux près d'une fenêtre — illustration de « « L'amour, la vie et ma liste » de Kasie West, la dose de douceur que j'attendais »

« L’amour, la vie et ma liste » de Kasie West, la dose de douceur que j’attendais

Feel good·5 min de lecture

Il y a des autrices qu’on finit par suivre sans même se poser la question. Kasie West en fait partie depuis que j’ai lu PS : I like you, il y a deux ans maintenant, puis Listen to your heart l’été dernier. À chaque fois le même scénario : je me promets trente pages avant de dormir, et je referme le bouquin à des heures indécentes avec un sourire un peu bête. L’amour, la vie et ma liste est sorti ce mois-ci chez Hugo Roman, dans la collection New Way, traduit par Pauline Vidal. Je l’ai lu en deux soirées. Sauf que celui-là, contrairement aux précédents, m’a laissé autre chose que du sucre sur les doigts.

Dix missions pour rattraper un été

Abby Turner a dix-sept ans et un projet assez net : devenir artiste, exposer, être prise au sérieux. Son été démarre par une humiliation en règle. On écarte son travail d’une exposition au motif que son art « n’a pas d’âme », phrase qui ferait mal à n’importe qui mais qui, à dix-sept ans, ressemble à une sentence définitive. Ajoutez une mère que l’anxiété empêche de sortir de la maison, et le fait qu’Abby vient de comprendre qu’elle est amoureuse de son meilleur ami. Elle dresse alors une liste, la Liste du Cœur : dix missions à accomplir avant la rentrée, dont affronter une de ses plus grandes peurs, raconter l’histoire d’un parfait inconnu, ou tomber amoureuse.

La mécanique est franchement maligne. La liste sert d’ossature au roman sans jamais devenir un sommaire : on ne coche pas les missions les unes après les autres dans l’ordre, certaines dérapent, une autre se réalise à moitié et par accident. Kasie West s’en sert surtout comme d’un prétexte pour envoyer son héroïne dans des situations où elle n’aurait jamais mis les pieds toute seule. Et le lecteur comprend bien avant Abby que la liste ne remplira pas le trou qu’elle veut combler. C’est tout l’intérêt.

Léger ne veut pas dire creux

Ce qui m’a scotchée dans ce roman, c’est le traitement de la mère. On aurait pu avoir la parente pénible de service, celle qui existe pour empêcher l’héroïne de vivre sa romance. Kasie West prend au contraire son anxiété au sérieux. On sent le poids que ça met sur les épaules d’une gamine qui devient l’adulte de la maison sans l’avoir demandé, la culpabilité quand elle a envie de sortir quand même, la colère qu’elle n’ose pas formuler. Il n’y a pas de solution miracle à la dernière page, pas de guérison instantanée parce que la fille a fini sa liste. J’ai trouvé ça très juste, et assez rare dans ce registre.

L’autre bonne surprise, c’est la façon dont le livre parle d’art sans faire la leçon. La question posée à Abby, savoir ce qu’on met de soi dans ce qu’on fabrique, dépasse largement la peinture. Ça vaut pour n’importe quel truc qu’on produit et qu’on montre aux autres. Je n’ai pas de talent particulier pour le dessin, et j’ai quand même pris cette remarque sur « l’absence d’âme » un peu personnellement, ce qui est probablement le signe que le roman vise juste.

Ce que j’ai moins aimé

Soyons honnêtes : la romance, elle, ne surprendra personne. L’histoire du meilleur ami dont on tombe amoureuse est un classique du genre, et Kasie West ne cherche pas à le renouveler. On sait où on va dès le troisième chapitre, on sait quel malentendu va arriver, on sait à peu près quand. Ce n’est pas grave, on ne vient pas chercher un thriller ici, mais autant le dire pour éviter les déceptions. J’ajoute que le dernier quart s’emballe un peu, comme si l’autrice devait rentrer dans son quota de pages. J’aurais volontiers gardé cinquante pages de plus sur la mère et cinquante de moins sur le triangle amoureux.

Reste que je l’ai lu d’une traite, que je l’ai fini dans le métro en essayant de ne pas renifler trop fort, et que je l’ai déjà prêté deux fois. C’est le genre de livre que je conseille à une lectrice qui sort d’une brique de six cents pages et qui a besoin de respirer. C’est aussi, je trouve, un très bon cadeau pour une ado : la romance est douce, le vocabulaire est simple, et le fond mérite qu’on en discute après.

Si vous ne connaissez pas encore Kasie West, celui-ci est un très bon point d’entrée. Si vous la connaissez déjà, vous savez exactement ce que vous allez trouver, et vous avez probablement déjà couru l’acheter. Les autres avis de lecture se trouvent dans mes chroniques, et je promets que je ne parle pas que de romances adolescentes.

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