La rousse qui croyait encore au Père-Noël de Suzanne Marty, une heure de bonne humeur
Comédie romantique·4 min de lecture
Je me suis installée confortablement avec l’idée de commencer un roman et de m’arrêter au bout de quelques chapitres. Une heure plus tard, j’avais fini. La rousse qui croyait encore au Père-Noël de Suzanne Marty est un livre court, auto-édité, et je ne m’attendais pas du tout à le lire d’une traite un soir de semaine.
C’est quoi le pitch Holly ? Flamme est apprentie comédienne et célibataire. Le 1er janvier, elle se donne un ultimatum : si elle n’a pas obtenu un seul rôle payé ni rencontré un vrai prince charmant avant son anniversaire, elle abandonne la course aux rêves. Parce qu’à trente-neuf ans, la question se pose : est-il encore raisonnable de croire au Père Noël ?
Une héroïne qui a passé l’âge des débuts
Ce qui rend ce roman intéressant, c’est l’âge de son héroïne. La comédie romantique adore les jeunes femmes de vingt-huit ans qui hésitent entre deux carrières et deux garçons. Flamme, elle, a bientôt quarante ans, elle enchaîne les figurations et les petits boulots, et elle sait très bien que le milieu ne l’attend pas. Il y a dans ce personnage une forme d’entêtement qui m’a touchée, parce qu’il coûte quelque chose. Persévérer à vingt-cinq ans, c’est normal. Persévérer à trente-neuf, c’est un choix qu’il faut défendre devant tout le monde, à commencer par soi-même.
L’autrice connaît visiblement le milieu du spectacle de l’intérieur, et ça se sent dans les détails. Les castings humiliants, l’attente, les promesses qui n’engagent personne, la façon dont on vous fait comprendre en trois mots que vous ne correspondez pas. Ces passages sonnent juste et donnent au livre une épaisseur que le résumé ne laisse pas deviner. On rit beaucoup, mais on rit d’un monde assez dur.
Du rythme, de l’autodérision, quelques ficelles
Le ton est enlevé, les chapitres sont courts, et Flamme raconte ses déconvenues avec une autodérision qui empêche le récit de tomber dans la plainte. C’est ce qui m’a fait tourner les pages sans m’arrêter. Le livre ne s’appesantit jamais, il avance, il enchaîne, il fait confiance à son lecteur pour combler les blancs.
Je ne vais pas prétendre que tout est parfait. Le format court a un prix, et certains personnages secondaires restent à l’état d’esquisse alors qu’ils méritaient mieux. L’histoire sentimentale, elle, prend quelques raccourcis que j’ai vus arriver de loin. Il y a aussi çà et là des tournures que la relecture d’une maison d’édition aurait probablement lissées, ce qui est le lot de beaucoup de textes auto-édités et ne m’a pas gênée outre mesure.
Parce qu’au fond, ce que je demande à un livre de cette famille, c’est de me faire passer une bonne soirée sans me prendre pour une idiote. Contrat rempli. J’ai souri, j’ai eu envie que Flamme s’en sorte, et j’ai refermé le roman en me disant que j’aurais volontiers lu cinquante pages de plus sur elle.
Un mot sur l’auto-édition
Je lis de plus en plus de textes publiés directement par leurs auteurs, et j’observe que le niveau grimpe vite. Il y a encore quelques années, on tombait surtout sur des manuscrits refusés partout. Aujourd’hui, une partie des auteurs choisit cette voie et travaille son texte sérieusement avant de le proposer. Le tri reste à faire, évidemment, mais il se fait dans les deux sens : j’ai lu des romans publiés par de grandes maisons qui m’ont bien plus déçue que celui-ci.
Si vous cherchez une lecture d’une soirée, drôle, avec une héroïne qui n’a pas vingt ans et qui refuse de renoncer, celle-ci fera très bien l’affaire. Je vous conseille de la garder pour un jour de grisaille, l’effet est nettement supérieur. Et si vous l’avez lue, dites-moi si la fin vous a autant fait sourire que moi.