Une pile de classiques reliés aux tranches dorées près d'une fenêtre à croisillons — illustration de « « Moi qui croyais te connaître » : Penny Hancock et la question du consentement »

« Moi qui croyais te connaître » : Penny Hancock et la question du consentement

Culture·4 min de lecture

Troisième chronique en deux jours, ce qui prouve surtout que je fonctionne par vagues et jamais avec régularité. Aujourd’hui je vous parle du dernier titre de la collection Milady Suspense que j’ai lu : Moi qui croyais te connaître de Penny Hancock. Depuis l’an dernier, cette collection me plaît beaucoup. J’y trouve des romans policiers portés par des héroïnes à la fois solides et fragiles, qui tiennent l’intrigue à bout de bras. Celui-ci ne déroge pas à la règle, et il va même plus loin que ce à quoi je m’attendais.

Deux mères, une accusation

Petite note personnelle avant de commencer : l’héroïne s’appelle Holly, ce qui m’a fait sourire pendant les cinquante premières pages avant que le sujet me passe complètement l’envie de sourire.

Holly milite activement pour sensibiliser les jeunes à la question du consentement sexuel. Par principe, elle prend le parti des victimes, et avec une férocité qui ne souffre aucune nuance. Puis son fils est accusé de viol par la fille de sa meilleure amie. Elle prend sa défense, persuadée qu’il n’est pas coupable. Pendant ce temps, Jules doit venir en aide à sa fille de treize ans, traumatisée et peut-être enceinte.

Les deux femmes essaient de comprendre sur quoi repose l’accusation sans impliquer la police, et pendant qu’elles cherchent, d’autres secrets bien gardés remontent à la surface. Le dispositif est cruel et redoutablement efficace. Il place le lecteur exactement là où personne ne veut être : dans la tête d’une mère qui a passé des années à défendre une position et qui découvre ce que cette position lui coûterait si elle s’y tenait.

Un suspense qui refuse le confort

Ce n’est pas un thriller au sens habituel. Il n’y a pas de course-poursuite, pas d’enquêteur charismatique, pas de tueur à démasquer avant la dernière page. Le suspense est entièrement psychologique, et il repose sur une seule question : jusqu’où une mère peut-elle aller pour ne pas voir ce qu’elle voit ? Penny Hancock tient cette ligne pendant quatre cent cinquante pages sans jamais donner à son lecteur la satisfaction d’une réponse simple.

J’ai trouvé remarquable la manière dont l’amitié entre Holly et Jules se délite. Ce ne sont pas de grandes scènes de rupture. Ce sont des silences, des messages non répondus, des phrases dites juste à côté de ce qu’on pense. Quiconque a déjà perdu une amie de longue date reconnaîtra le mécanisme, et il est reproduit ici avec une précision qui fait mal.

Le traitement du consentement, sujet central, m’a paru juste. L’autrice ne se sert pas de son intrigue pour donner une leçon, elle montre à quel point les convictions les mieux ancrées se fissurent quand elles concernent nos proches. C’est inconfortable, et ça doit l’être. J’ai lu certains chapitres en me demandant honnêtement ce que je ferais à la place de l’une ou de l’autre, sans arriver à me décider.

Ce que j’aurais changé

Le milieu du roman traîne. Certaines scènes répètent des informations déjà acquises, et l’alternance des points de vue produit parfois des redites qui cassent l’élan. Une centaine de pages en moins aurait rendu le livre plus étouffant, donc plus fort.

Je regrette aussi que les adolescents soient surtout vus à travers le regard des adultes. On entend peu la fille de Jules, on entend peu le fils de Holly, et j’ai eu la sensation que le roman se protégeait un peu en restant du côté des mères. C’est un choix cohérent avec le titre, mais il laisse une zone d’ombre là où j’aurais voulu de la lumière.

Je le recommande malgré tout, très largement, à condition d’être en état de lire un livre sur ce sujet. Ce n’est pas une lecture distrayante et ce n’est pas un divertissement de plage. C’est un roman qui pose une question difficile et qui a l’élégance de ne pas la refermer à la dernière page. Je l’ai terminé il y a trois jours et j’y pense encore, ce qui est la seule mesure fiable que je connaisse.

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