Une pile de classiques reliés aux tranches dorées près d'une fenêtre à croisillons — illustration de « « Le Monde des rêves » de Jeliza-Rose Buzor, aimer dans une société qui l'interdit »

« Le Monde des rêves » de Jeliza-Rose Buzor, aimer dans une société qui l’interdit

Culture·4 min de lecture

Bonjour tout le monde ! Aujourd’hui, on quitte la romance contemporaine et on part très loin, en 3015 exactement. « Le Monde des rêves » de Jeliza-Rose Buzor sort aujourd’hui chez Fyctia, et c’est de la science-fiction. Autant vous dire que ça m’a fait un drôle d’effet de retrouver ce rayon-là, que je n’avais plus fréquenté depuis longtemps alors que j’adore ça. Mon chouchou absolu du genre reste « 1984 », on ne touche pas à Winston, c’est comme ça.

Le décor

Magélan est une cité souterraine qui rassemble ce qu’il reste de l’humanité. Une société qui a décidé de réprimer les sentiments, et dans laquelle tous les rêves sont enregistrés puis visionnés par les autorités. Autant dire que rêver, dans ce monde-là, n’est pas un loisir innocent. Murphy, elle, rêve sans arrêt d’un jeune homme qu’elle ne connaît pas. Ethan est passionné de bioélectronique et le meilleur technicien de la cité. Quand ces deux-là se rencontrent, l’aventure commence.

Ce roman est né sur la plateforme Fyctia, où il a remporté le concours consacré au rêve et au cauchemar avec un score de partages assez impressionnant. Je le précise parce que ça se sent à la lecture, dans le bon comme dans le moins bon.

Ce qui m’a emballée

L’idée de départ, franchement, est excellente. Une société qui surveille les rêves, c’est le dernier territoire intime auquel on n’avait pas encore touché. On peut se taire, on peut sourire quand il faut, on peut cacher ce qu’on lit. On ne peut pas décider de ce qu’on rêve la nuit. L’autrice a compris ce que ça implique, et les passages où Murphy se réveille en sachant qu’elle a produit quelque chose d’incriminant sont vraiment angoissants.

J’ai aussi aimé que la romance ne soit pas plaquée sur la dystopie comme un sucre sur un médicament. Ici, aimer quelqu’un est l’acte politique par excellence, puisque la société entière repose sur la répression des sentiments. Du coup, la moindre scène de tendresse porte un risque réel. C’est très efficace, et ça évite le travers de beaucoup de dystopies où le triangle amoureux tourne pendant que le monde s’écroule au fond du décor.

Ethan m’a plu, ce qui n’était pas gagné. Un technicien surdoué qui répare des machines et qui ne sait pas du tout quoi faire de ce qu’il ressent, ça aurait pu être un cliché ambulant. Il a une maladresse touchante et une forme de courage tranquille que j’ai trouvée juste.

Ce qui coince

La construction du monde reste incomplète. On nous dit que Magélan abrite tout ce qui reste de l’humanité, mais on comprend mal comment on en est arrivé là, comment la cité se nourrit, qui décide et selon quelles règles. La grande force d’Orwell, c’est justement d’avoir consacré des pages entières au fonctionnement de son système avant de nous demander d’y croire. Ici, on avance vite et on laisse plusieurs portes fermées.

Le style, ensuite, garde des traces de son origine en ligne. Il y a des phrases très belles et d’autres qui auraient mérité un passage supplémentaire. Certains chapitres se terminent sur un effet de suspense un peu appuyé, ce qui est parfait quand on publie épisode par épisode devant des lecteurs impatients, et un peu voyant quand on lit le livre d’un bloc.

Enfin, la dernière partie va vite. Trop vite. Un enjeu de cette taille demandait de la place pour respirer, et j’ai eu la sensation d’un dénouement compressé alors que le milieu du roman prenait son temps.

Alors, on le lit ou pas ?

Oui, à condition de savoir ce qu’on prend. Ce n’est pas de la science-fiction d’ingénieur, avec deux cents pages de fonctionnement de la cité et un lexique à la fin. C’est une histoire d’amour sous surveillance, avec un décor futuriste qui la rend impossible et donc bouleversante. Si vous n’aimez pas la SF mais que vous aimez les histoires interdites, c’est peut-être la porte d’entrée idéale.

De mon côté, ça m’a rappelé à quel point ce rayon me manque. Je me suis fait la promesse d’y retourner plus souvent, quitte à alterner avec mes romances habituelles. Une première publication qui a des défauts visibles et une vraie ambition, je préfère largement ça à un livre lisse et sans idée.

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