« Ça sent le sapin à Noël », la romance enneigée d’Isa Lawyers
Je suis de celles qui lisent des romances de Noël dès la Toussaint, sans la moindre honte. Le sapin n’est pas encore monté que ma liseuse sent déjà la cannelle. Cette année, j’ai ouvert le bal avec « Ça sent le sapin à Noël » d’Isa Lawyers, sorti le 26 octobre aux éditions BMR, et le titre à double sens annonce bien la couleur : on va rire, mais pas seulement.
Emma n’a presque pas connu son père. Quand elle apprend sa mort, au lieu de classer l’affaire, elle prend la route vers le petit village des Pyrénées où il vivait, pour comprendre qui était cet homme et passer Noël là-haut, dans la neige. Au bout d’un voyage épuisant, c’est Jérémiah qui l’accueille, le meilleur ami de son père. Un homme qui porte son propre secret, la quatrième de couverture l’annonce sans détour, et je n’en dirai pas davantage. Voilà le décor posé : un village perché, deux inconnus liés par un mort, et les fêtes qui approchent.
Sous la neige, du vrai
Je m’attendais à une guimauve de saison, j’ai trouvé mieux. Bien sûr, tous les ingrédients du film de Noël sont là : les sommets enneigés, les vitres embuées, le feu de cheminée, cette lumière particulière des histoires de décembre. Mais Isa Lawyers y glisse des thèmes qui pèsent leur poids : le deuil d’un parent qu’on n’a pas eu le temps d’aimer, le pardon qu’on accorde à quelqu’un qui n’est plus là pour l’entendre, la reconstruction de deux êtres que la vie a fragilisés. Emma et Jérémiah ont des failles crédibles, et c’est ce qui empêche l’histoire de fondre comme un marshmallow dans le chocolat chaud.
Il fallait d’ailleurs un certain aplomb pour oser ce titre. « Sentir le sapin », dans une romance de Noël, c’est mettre la mort sur la couverture d’un livre censé réconforter, et cette petite insolence résume bien le ton du roman : léger en surface, sérieux en dessous. J’aime quand un titre travaille autant que son livre.
Mon bémol : quelques scènes attendues, qu’on voit arriver dès qu’on a lu trois romances de Noël dans sa vie, et une résolution un peu rapide à mon goût sur la partie familiale. J’aurais aimé que certaines conversations aient lieu plus tôt, ou durent plus longtemps. Mais c’est la loi du genre, et le genre est respecté avec ce qu’il faut de sincérité.
Qui est Isa Lawyers ?
Je ne connaissais pas l’autrice avant ce roman, alors j’ai fait mes devoirs. Isa Lawyers est venue à l’écriture sur le tard, après un défi lancé par son mari, et elle ne s’est plus arrêtée depuis. Quadragénaire, mère de deux enfants, elle s’est d’abord fait la main en autoédition, avec une comédie, « Camilove », et une romance nettement plus corsée, « Coupable ! I love you ». On sent ce parcours dans sa plume : elle écrit comme quelqu’un qui a appris en faisant, sans poses littéraires, avec une vraie oreille pour les dialogues qui sonnent juste. J’avoue avoir un faible pour ces trajectoires de lectrices passées de l’autre côté du livre.
Et puis, soyons honnête : chaque automne, les tables des libraires croulent sous les romances de Noël traduites de l’anglais, où il neige sur le Vermont et où l’héroïne rentre de New York dans sa petite ville natale. Une histoire de Noël qui se passe dans les Pyrénées, avec des personnages qui nous ressemblent, ça change agréablement. Ses 344 pages en font par ailleurs le format parfait pour un week-end de fin novembre : commencé le samedi avec la pluie, fini le dimanche avec les guirlandes.
Détail personnel : j’ai lu les cent dernières pages un dimanche après-midi, sous mon plaid le plus moche et le plus doux, pendant que la pluie de novembre battait les carreaux. Configuration idéale. Ce roman est exactement fait pour ça, pour ces journées où l’on a besoin qu’une histoire nous prenne par la main et nous promette que ça va bien finir, même quand elle parle de choses tristes.
Si vous cherchez votre première romance de Noël de la saison, celle-ci fera très bien l’affaire : elle a le décor, elle a le cœur, et elle a ce petit supplément de gravité qui fait qu’on s’en souvient encore en janvier.