Un vieux livre relié ouvert sur un bureau en bois patiné — illustration de « La blogosphère littéraire : comment trouver de bons blogs de lecture »

La blogosphère littéraire : comment trouver de bons blogs de lecture

Culture·5 min de lecture

On me demande parfois pourquoi je lis des blogs de lecture alors qu’il existe des critiques professionnels payés pour ça. La réponse tient en une phrase : parce que les blogueuses lisent ce que je lis. La presse littéraire couvre une frange étroite de la production, essentiellement la littérature générale française et quelques traductions prestigieuses. Tout le reste, qui représente l’écrasante majorité des livres réellement lus dans ce pays, est traité par des gens qui écrivent gratuitement le soir après leur journée.

Ce n’est pas une charge contre les critiques professionnels. Une émission comme Le Masque et la Plume reste un plaisir d’écoute et il m’arrive d’y découvrir des titres. Mais il faut regarder les choses en face : si vous cherchez un avis argumenté sur une romance contemporaine ou un roman feel-good sorti le mois dernier, vous ne le trouverez pas dans un supplément littéraire du week-end. Vous le trouverez sur un blog tenu par quelqu’un qui en a lu quarante.

Où les trouver, concrètement

La méthode la plus simple reste le rebond. Tout blog de lecture correct affiche une liste de liens vers les blogs que son auteur suit. On en ouvre un, on regarde sa propre liste, et de proche en proche on cartographie un petit continent en une soirée. Les affinités se transmettent bien par ce chemin : quelqu’un dont vous aimez les goûts lit lui-même des gens dont vous aimerez probablement les goûts.

Les communautés de lecteurs constituent l’autre porte d’entrée. Babelio, lancé en 2007, permet de suivre des lecteurs, de voir leurs bibliothèques et leurs critiques, et beaucoup y renvoient vers leur blog personnel. C’est un bon moyen de repérer quelqu’un dont les notes correspondent aux vôtres sur des livres que vous connaissez déjà, ce qui est le seul test fiable pour savoir si ses recommandations vaudront quelque chose.

Enfin, il y a la vie collective de la blogosphère : les lectures communes, où plusieurs blogueurs lisent le même livre et publient leurs avis le même jour, les challenges thématiques qui courent sur une année, les swaps où l’on s’envoie des colis de livres. Ces rituels paraissent puérils vus de l’extérieur. Ils sont surtout le liant social qui fait qu’un ensemble de sites isolés forme une communauté.

Reconnaître une chronique qui vaut quelque chose

Tous les blogs ne se valent pas, et il faut un peu de méthode pour trier. Mon premier critère est simple : est-ce que ce blog dit du mal de temps en temps ? Un site où tous les livres sont formidables ne m’apprend rien. La critique n’a de valeur que si le refus est possible. Quand je vois vingt chroniques enthousiastes d’affilée, je referme l’onglet.

Deuxième critère : la transparence sur l’origine du livre. Les blogueurs reçoivent des services de presse envoyés par les éditeurs, c’est normal et c’est même une reconnaissance de leur travail. Ce qui n’est pas normal, c’est de ne pas le dire. Un blog sérieux mentionne quand un livre lui a été offert. Ça ne rend pas l’avis suspect, ça permet simplement au lecteur de le situer.

Troisième critère, plus subjectif : est-ce que la chronique raconte la lecture ou résume le livre ? Le résumé, je peux le lire sur la quatrième de couverture. Ce qui m’intéresse, c’est le moment où quelqu’un explique qu’il a décroché au milieu, qu’il a trouvé le personnage secondaire plus intéressant que l’héroïne, qu’il a pleuré dans le métro en page trois cent. C’est là que la chronique devient un objet utile, parce qu’elle me permet de prévoir si ça marchera sur moi.

Un mauvais signe, à l’inverse : les chroniques qui déroulent toujours le même plan rigide, résumé puis personnages puis style puis note sur cinq. La régularité rassure mais elle finit par produire du remplissage. Les meilleurs blogs se permettent de faire trois lignes sur un livre qui ne mérite pas plus, et deux mille signes sur celui qui les a bouleversés.

Pourquoi ça compte plus qu’on ne le dit

Les blogs de lecture ont un effet réel sur ce qui se vend, et les éditeurs l’ont parfaitement compris, d’où les envois de services de presse et les opérations de partenariat qui se multiplient. On peut s’en inquiéter, et il y a de quoi : le risque de voir la blogosphère devenir un canal promotionnel de plus est bien réel.

Mais il y a un contrepoids solide, et c’est le lecteur lui-même. Un blog qui recommande n’importe quoi perd son audience en quelques mois, parce que les gens achètent, sont déçus, et ne reviennent pas. La sanction est immédiate et sans appel. Un critique de presse peut se tromper cinquante fois sans conséquence, un blogueur non. Ça pousse à l’honnêteté beaucoup plus efficacement qu’une charte déontologique.

Ce que j’aime par-dessus tout dans cette petite planète, c’est qu’on y assume de lire pour le plaisir. Personne n’y prétend que la lecture est un devoir civique. On y parle de coup de cœur, de livre qu’on n’a pas fini, de série guilty pleasure qu’on dévore en cachette. Cette absence de solennité est exactement ce qui manque au discours officiel sur le livre, et c’est probablement pour cette raison que tant de gens ont recommencé à lire grâce à un blog plutôt que grâce à un programme scolaire.

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