Une pile de romans aux tranches colorées sur un rebord de fenêtre — illustration de « « L'Offre » de Karina Halle, perspective(s) d'avenir »

« L’Offre » de Karina Halle, perspective(s) d’avenir

New romance·5 min de lecture

Le mois dernier, j’avais lu Le Pacte de Karina Halle juste avant sa sortie, et j’en étais ressortie beaucoup plus contente que prévu. La suite arrive jeudi chez Hugo Roman, et je l’attendais avec une impatience que j’assume complètement. L’Offre reprend l’histoire du côté de personnages qu’on avait aperçus au mariage du tome précédent, et le résultat est plutôt réussi.

Nicola Price élève seule sa fille de cinq ans. Sa vie est loin d’être simple depuis que son compagnon l’a quittée. Elle a eu un bon travail, un appartement de rêve et une garde-robe qui faisait pâlir ses amies, elle vit aujourd’hui dans un studio minuscule, sans emploi et sans amour. La solution pourrait venir de Bram, le grand frère de son ami Linden, qui lui propose de louer un appartement dans un immeuble lui appartenant, le temps qu’elle se remette debout.

Un arrangement qui n’en est jamais un

Le ressort de départ est classique en new romance : un service rendu qui crée une dette, une proximité forcée, deux personnes qui se connaissent depuis longtemps sans s’être jamais regardées. Ce qui sauve le livre de la répétition, c’est la façon dont Karina Halle prend au sérieux la situation matérielle de son héroïne. Nicola n’est pas dans le besoin pour créer du romanesque. Elle compte, elle calcule, elle refuse d’abord parce qu’accepter la met dans une position qu’elle déteste.

Le rapport de force est d’ailleurs le vrai sujet du roman. Un homme riche propose un toit à une femme qui n’a rien. On peut habiller ça de sentiments, ça reste une inégalité, et l’autrice ne fait pas semblant de l’ignorer. Nicola le formule à voix haute, plusieurs fois, et cette lucidité rend leur rapprochement beaucoup plus crédible que les scénarios où l’héroïne accepte tout avec des étoiles dans les yeux.

La présence de la petite fille change aussi la donne. Les héroïnes mères sont rares dans ce rayon, sans doute parce qu’un enfant complique tout : les emplois du temps, les nuits, la liberté de tout envoyer promener. Halle ne l’utilise pas comme un accessoire attendrissant. La gamine dort mal, pose des questions gênantes, tombe malade au pire moment. J’ai apprécié qu’on ne fasse pas disparaître la maternité dès que la romance a besoin d’espace.

Bram, ou le personnage que je n’attendais pas

Dans le premier tome, Bram passait au second plan. Ici, il gagne une épaisseur qui m’a surprise. Il est riche, sûr de lui, un peu trop charmant, tout le catalogue habituel du héros de new romance. Puis l’autrice creuse, et on découvre un homme qui a construit sa réussite comme une réponse à quelque chose, avec une famille bien plus compliquée que la façade. Les scènes entre frères sont parmi les meilleures du livre.

L’humour de Karina Halle reste sa signature. Les dialogues fusent, les répliques de Nicola sont acides quand il le faut, et le narrateur alterné permet de voir les malentendus se construire en direct, ce qui est souvent drôle et parfois agaçant. Parce qu’oui, il y a un moment où j’ai eu envie d’attraper ces deux-là par le col pour qu’ils s’expliquent enfin. C’est le jeu du genre, mais l’effet marche mieux quand il dure trente pages que quand il en dure cent.

Les scènes intimes sont nombreuses et écrites avec la même énergie que le reste. Elles ne servent pas de remplissage, elles font avancer la relation, ce qui n’est pas toujours le cas. Si vous avez aimé le ton du premier tome, vous êtes en terrain connu. Si vous l’aviez trouvé trop explicite, celui-ci ne vous fera pas changer d’avis.

Faut-il lire « Le Pacte » avant ?

Chaque tome suit un couple différent, donc techniquement on peut commencer par celui-ci. Je conseille quand même l’ordre, parce que les apparitions des personnages précédents ont beaucoup plus de saveur quand on les a suivis, et parce que le premier tome installe les règles du groupe d’amis. Un troisième volume est annoncé pour la rentrée, et j’ai déjà noté la date quelque part.

C’est de la new romance qui remplit son contrat sans prendre son lectorat pour un public captif. On rit, on râle, on tourne les pages trop vite, et on referme le livre en se disant qu’on aurait bien pris cent pages de plus. Pour un mois de juin, c’est exactement ce qu’il me fallait.

Si vous cherchez d’autres titres du même rayon, il y en a quelques-uns dans mes chroniques. Et si vous le lisez à sa sortie, revenez me dire ce que vous pensez de la fin, j’ai des choses à en dire que je ne peux pas écrire ici.

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