« Un merci de trop » de Carène Ponte, un premier roman qui fait du bien
Feel good·4 min de lecture
Bonjour tout le monde ! Aujourd’hui je clôture la semaine avec un livre dont vous avez forcément entendu parler si vous traînez un peu sur les blogs littéraires : « Un merci de trop » de Carène Ponte, sorti le 9 juin chez Michel Lafon. Difficile de passer à côté, il était partout ce mois-ci, et pour une fois l’emballement collectif ne m’a pas agacée. J’avais suivi le parcours de ce texte de loin, et je me demandais ce que donnerait la version librairie.
D’une nouvelle du vendredi à un roman de 283 pages
Le trajet de ce livre vaut presque autant que son contenu. Carène Ponte a d’abord publié Juliette par épisodes, puis en auto-édition, avant que Michel Lafon ne s’en empare et le sorte en librairie. Ce genre d’histoire circule beaucoup et se termine rarement bien, alors quand ça marche, ça mérite d’être dit. Ce qui me plaît là-dedans, c’est que la forme initiale se sent encore dans le rythme du roman. Les chapitres sont courts, chacun a son petit rebond, et on avance très vite parce que le texte a été construit pour donner envie de revenir la semaine suivante.
C’est quoi le pitch Holly ?
Juliette a trente ans et mène une existence où choisir entre des lasagnes et des sushis constitue l’événement de la semaine. Depuis l’enfance, elle fait ce qu’on attend d’elle, range ses envies dans un tiroir et n’ouvre plus le tiroir. Sauf qu’il n’est jamais trop tard pour redevenir soi, et pour Juliette le déclencheur tient dans un remerciement de trop. À partir de là, tout ce qui était bien calé se met à bouger.
Sur le papier, on est en terrain connu. La trentenaire qui se réveille, c’est un motif qu’on a lu cent fois, et je comprends très bien qu’on lève les yeux au ciel en lisant ce résumé. Sauf que le résumé ne dit rien de la manière. Et c’est précisément la manière qui fait la différence ici.
Ce qui m’a plu, ce qui m’a moins convaincue
Le gros point fort du roman, c’est sa voix. Juliette raconte avec une autodérision qui sonne juste, jamais forcée, jamais dans la vanne qui cherche à être drôle à tout prix. Il y a des passages où j’ai ri toute seule, et d’autres où j’ai posé le livre parce que la phrase venait de taper exactement où il fallait. Carène Ponte a un vrai sens de la remarque anodine qui en dit long, celle qu’on se fait à soi-même dans la file d’attente du supermarché et qu’on n’ose répéter à personne.
J’ai aussi trouvé que le roman évitait le piège habituel du genre, qui consiste à faire d’une histoire d’émancipation une histoire de rencontre amoureuse déguisée. Ici, ce qui compte pour Juliette, c’est ce qu’elle décide, pas qui elle croise. Ça peut paraître un détail, ça ne l’est pas du tout. J’ai lu beaucoup de romans feel-good où l’héroïne change de vie parce qu’un homme lui a ouvert les yeux, et à chaque fois je referme le livre un peu contrariée. Pas cette fois.
Mes réserves ? Quelques ficelles un peu visibles dans le dernier tiers. Il y a un ou deux personnages secondaires qui arrivent au bon moment avec la bonne information, et j’aurais préféré que Juliette se débrouille davantage seule. La fin, aussi, m’a semblé arriver vite, comme si le roman avait peur de laisser son héroïne en suspens. J’aurais assumé une conclusion plus ouverte, quitte à frustrer un peu. Cela dit, on parle d’un premier roman, et je préfère largement un premier roman qui en fait trop dans la générosité qu’un premier roman qui se retient.
Un mot sur le format, parce qu’il compte : c’est court, ça se lit d’une traite ou presque, et l’écriture ne cherche pas à impressionner. Ce n’est pas un livre qui vous laissera groggy pendant trois jours. C’est un livre qui vous met de bonne humeur et vous donne envie de vérifier deux ou trois choses dans votre propre agenda. Il fait exactement le travail qu’il annonce, sans esbroufe.
Bref, je comprends l’engouement et je le partage. Si vous cherchez une lecture d’été qui ne vous prendra pas la tête sans pour autant vous prendre pour une idiote, celui-ci fera très bien l’affaire. Et j’ai maintenant très envie de voir ce que Carène Ponte écrira ensuite, parce que la voix est là. C’est le plus difficile à trouver, et ça ne s’apprend pas.