« Until the end » de Laura S. Wild, le roman qui m’a fait tourner les pages en grinçant des dents
Dark romance·4 min de lecture
Je suis Laura S. Wild depuis My Escort Love et sa série Et puis soudain…, c’est-à-dire depuis ses débuts, et je fais partie de celles qui attendaient ce roman de pied ferme. Pas seulement parce qu’elle écrit bien, mais parce qu’on savait toutes que Until the end, sorti le mois dernier chez Hugo Roman, n’aurait rien à voir avec ce qu’elle avait publié jusqu’ici. Changer de registre après avoir installé un public, c’est un pari risqué. Je l’ai lu en deux nuits, j’ai refermé la dernière page à trois heures du matin, et j’ai mis une semaine à savoir ce que j’en pensais.
Un soir d’octobre, une main sur la bouche
Mila rentre chez elle un soir. Quelqu’un l’attend en bas de son immeuble, une main se plaque sur sa bouche, un 4×4 l’emporte. Quand elle reprend conscience, elle est enfermée dans un endroit isolé, coupée de tout, sans la moindre idée de la raison pour laquelle on l’a choisie. Qui est son ravisseur, ce qu’il veut, combien de temps ça va durer : le roman démarre sur ces questions et ne relâche pas la pression. La narration alterne entre Mila et son ravisseur, avec un déséquilibre volontaire puisqu’on entend surtout la voix de la jeune femme.
C’est efficace, et c’est même redoutablement bien fait sur le plan de la mécanique. L’enfermement est décrit avec une précision qui rend la lecture physique : le temps qui se dilate, les repères qu’on perd, la façon dont un cerveau s’accroche à des détails ridicules pour tenir. J’ai lu les cent premières pages sans lever la tête. Laura S. Wild a un vrai talent pour l’atmosphère, et elle le prouve ici bien plus que dans ses romans précédents.
Là où ça se complique
Vient ensuite le nœud du problème, celui qui fait débat dans tout le genre. Ce roman est vendu comme une romance sombre. Ce qui veut dire qu’à un moment donné, quelque chose se noue entre la séquestrée et son ravisseur. Je ne vais pas raconter comment ni jusqu’où, mais il faut le savoir avant d’ouvrir le livre, sinon vous allez le jeter contre un mur à la page deux cents. Personnellement, j’ai lu ces passages avec un inconfort permanent, et je crois que c’était le but.
Ce qui sauve le roman à mes yeux, c’est qu’il ne fait pas semblant. Il ne transforme pas la séquestration en malentendu romantique, il ne nettoie pas le personnage masculin en lui inventant une excuse à la dernière page, et Mila n’oublie jamais ce qui lui arrive. Le texte laisse la lectrice dans une position inconfortable au lieu de lui souffler quoi ressentir. C’est un choix courageux qui va diviser, et je préfère mille fois ça à un livre qui joue avec ces thèmes en prétendant que tout va bien.
Mon avis, avec des pincettes
Sur la construction, j’ai deux réserves. Le personnage du ravisseur reste un peu court : on lui donne juste assez de passé pour justifier ses actes sans qu’il devienne réellement un personnage, et j’aurais aimé qu’on aille plus loin ou beaucoup moins loin. Et le dénouement m’a paru précipité, avec des révélations qui tombent en rafale alors que le reste du livre avait pris son temps. Après quatre cents pages passées à mariner dans l’angoisse, on mérite mieux qu’un final expédié.
Est-ce que je le recommande ? Oui, mais pas à n’importe qui. Si vous êtes sensible aux thèmes d’enlèvement, de violence et de contrainte, ne l’ouvrez pas. Si vous cherchez une romance qui fait du bien, allez voir ailleurs, il y a de quoi faire dans mes chroniques. Si en revanche vous lisez de la dark romance en connaissance de cause et que vous cherchez un titre français qui ne se contente pas de recopier les codes américains, celui-ci mérite largement votre soirée. Le mot « ovni » est galvaudé, mais pour une fois il tombe juste.