« N’oublie pas les chocolats » : et si le Grinch était une femme ?
Comédie romantique·5 min de lecture
Bonjour tout le monde ! Mon marathon de romances de Noël continue et j’en suis déjà au troisième titre de la saison. Autant vous dire que mon salon sent le pain d’épices par imprégnation. Aujourd’hui je vous parle de N’oublie pas les chocolats de Tamara Balliana, et je vais commencer par un aveu : j’ai choisi ce roman pour son pitch, pas pour sa couverture. L’idée d’une héroïne qui déteste Noël m’a immédiatement parlé.
Parce qu’il faut bien le dire, dans quatre-vingt-dix pour cent des romances de décembre, l’héroïne adore déjà les guirlandes à la page trois. Elle chante en accrochant les boules, elle fait des sablés en forme d’étoile, et le seul enjeu du roman consiste à savoir si le beau ténébreux va se laisser gagner par la magie. Ici, on inverse. C’est elle, le Grinch. Et honnêtement, ça change tout.
C’est quoi le pitch ?
Devi n’aime pas Noël. Chaque année, elle attend simplement que ça passe, que les gens autour d’elle cessent de se comporter comme des elfes surexcités et redeviennent des adultes fréquentables. Sauf que cette année, elle perd son emploi quelques semaines avant le réveillon. Pas de chance : le seul endroit qui recrute dans son village d’Alsace, c’est le magasin de jouets. Sur les conseils de Louise, sa meilleure amie et son garde-fou permanent, elle débarque le premier jour avec des chocolats faits maison, parce que tout le monde aime les chocolats.
En face, Gabriel dirige la boutique. Il fait partie de ceux qui sortent les décorations dès la fin novembre, qui assument le pull kitsch et le vin chaud du marché de Noël sans la moindre ironie. Son défi de la saison est tout trouvé : transformer sa nouvelle recrue et son âme de Grinch en lutin présentable. Vous voyez venir la suite, moi aussi, et ça ne m’a pas empêchée de tourner les pages beaucoup trop vite.
Une héroïne qui ne se renie pas
Ce qui m’a plu, c’est que Tamara Balliana ne se contente pas d’utiliser l’antipathie de Devi comme un gag de départ. Elle prend le temps d’expliquer d’où ça vient, et l’explication tient debout. On comprend pourquoi décembre est devenu un mois compliqué pour elle, et à partir de là on arrête de la trouver rabat-joie pour commencer à la trouver attachante. C’est un basculement délicat à réussir, parce qu’une héroïne grincheuse peut très vite devenir pénible à suivre.
Et surtout, le roman ne lui demande pas de devenir quelqu’un d’autre. Devi apprend à supporter les guirlandes, elle n’apprend pas à s’extasier devant elles. Sa transformation reste raisonnable, à l’échelle de ce qu’un être humain peut changer en quatre semaines. Je m’attendais à une conversion complète avec chorale de gospel au dernier chapitre, j’ai eu quelque chose de plus mesuré, et je préfère largement.
Gabriel, de son côté, aurait pu n’être qu’un homme-décoration. Il échappe au piège de justesse. Son enthousiasme cache une fatigue qu’on devine par petites touches, et la scène où il finit par le dire est l’une des meilleures du livre. J’aurais aimé que l’autrice creuse un peu plus de ce côté-là, parce qu’il y avait matière. Le personnage de Louise, l’amie, est également un vrai personnage et pas un simple porte-voix pour les conseils sentimentaux, ce qui mérite d’être souligné.
On en pense quoi ?
C’est une comédie romantique de saison, avec ce que ça implique de prévisibilité assumée. On sait où on va dès la quatrième de couverture, et le plaisir se trouve entièrement dans le chemin. Le décor alsacien fonctionne très bien, le marché de Noël, les rues étroites, la neige qui tombe au bon moment. Ça n’invente rien mais c’est efficace, et j’avoue avoir eu envie d’un vin chaud à plusieurs reprises.
Mon seul reproche porte sur le rythme du dernier tiers. Le conflit final arrive un peu vite et se résout encore plus vite, comme si le roman avait un train à prendre. J’aurais volontiers échangé quelques scènes de boutique contre vingt pages supplémentaires sur la réconciliation. Ce n’est pas rédhibitoire, mais on sent le raccourci.
Cela dit, je ne vais pas faire la difficile. J’ai lu ce roman en deux soirées, avec un plaid et une tisane, et il a fait exactement ce que je lui demandais : me rendre décembre plus supportable. Si vous avez besoin d’une lecture douce entre deux paquets cadeaux, celle-ci fera parfaitement le travail. Et si vous aussi vous grincez des dents en entendant les chants de Noël du supermarché dès le 2 novembre, vous vous reconnaîtrez sûrement dans Devi.