Mon auteur du moment : Tatiana de Rosnay
Culture·4 min de lecture
Je vais être honnête d’entrée de jeu : je n’ai pas cherché bien loin pour le billet d’aujourd’hui. J’ai repris un vieil article que j’avais écrit ailleurs, je l’ai retravaillé, et voilà. La raison est simple : le Père Noël m’a offert Rose, qui attend sagement son tour sur ma pile à lire, et j’ai en plus trouvé pour trois fois rien le DVD d’Elle s’appelait Sarah. Quand je ne vais pas bien, certains se jettent sur le chocolat. Moi j’achète un truc, généralement un livre ou un film, et je considère ça comme une thérapie parfaitement raisonnable.
Elle s’appelait Sarah, le livre qui m’a coupée en deux
C’est le roman qui a fait connaître Tatiana de Rosnay en France, paru en 2007 chez Héloïse d’Ormesson. Deux histoires y avancent en parallèle. D’un côté Sarah Starzynski, dix ans, arrêtée avec ses parents lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver, en juillet 1942. Avant de partir, elle enferme son petit frère dans un placard et emporte la clé, persuadée que la famille sera de retour dans quelques heures. De l’autre, soixante ans plus tard, Julia Jarmond, journaliste américaine installée à Paris et mariée à un Français, à qui l’on demande un article sur la commémoration de cette rafle.
Je ne vais pas vous raconter ce qui arrive à Sarah. Sachez juste que j’ai lu ce livre dans les transports et que j’ai dû fermer le bouquin plusieurs fois pour regarder par la fenêtre en respirant fort, avec la dignité de quelqu’un qui prétend avoir une poussière dans l’œil. La force du roman, à mes yeux, ce n’est pas l’horreur historique, que je connaissais. C’est la façon dont il montre le silence de tout un pays sur cet épisode, et cette question que Julia finit par se poser : qu’est-ce que ça change, de savoir ?
On peut reprocher à Tatiana de Rosnay une écriture très simple, très directe, presque journalistique. Certains lecteurs trouvent la partie contemporaine moins solide que la partie de 1942, et je ne leur donne pas complètement tort. Les problèmes de couple de Julia m’ont paru fades à côté de la ligne de Sarah. Mais cette simplicité fait aussi que le livre passe de main en main, et un livre qu’on prête dix fois vaut mieux qu’un chef-d’œuvre qui reste sur l’étagère.
Le film, et Rose qui m’attend
L’adaptation au cinéma date de 2010, réalisée par Gilles Paquet-Brenner, avec Kristin Scott Thomas dans le rôle de Julia. Je l’avais vue à sa sortie et je viens de la retrouver en DVD pour une poignée d’euros, ce que je considère comme un signe du destin ou au minimum comme une bonne affaire. Kristin Scott Thomas y est remarquable de retenue, et je trouve que le film s’en sort mieux que le livre sur la partie contemporaine, sans doute parce qu’un regard remplace efficacement trois pages d’introspection. Les scènes de 1942 sont difficiles à regarder. Elles doivent l’être.
Reste Rose, paru en 2011, que je n’ai pas encore ouvert et dont je vous parlerai forcément ici quand ce sera fait. Ce que j’en sais : on y suit une femme, Rose Bazelet, dont la maison parisienne se trouve sur le tracé des travaux du baron Haussmann, et qui écrit à son mari disparu. Une histoire de mémoire et de disparition, encore, mais dans un tout autre siècle. Je note que l’auteure aime décidément les gens qu’on efface et les lieux qu’on rase.
J’ai aussi lu Boomerang il y a quelque temps, sur un frère et une sœur après un accident de voiture, et j’avais retrouvé cette manière très nette de dérouler un secret de famille sans effets de manche. C’est peut-être ça que j’aime chez elle : elle ne cherche pas à écrire joliment, elle cherche à ce que vous restiez jusqu’au bout. Ça marche sur moi à chaque fois.
Bref, mon auteure du moment, et probablement des prochains mois vu l’état de ma pile. Si vous avez lu Rose, ne me dites rien. Je préfère y aller sans rien savoir, comme d’habitude.