Un roman sombre posé près d'un chandelier aux bougies allumées — illustration de « Mon deal « Plaisirs coupables » : Histoire d'O de Pauline Réage »

Mon deal « Plaisirs coupables » : Histoire d’O de Pauline Réage

Dark romance·5 min de lecture

Bonjour tout le monde ! J’espère que vous passez une bonne journée malgré la pluie qui tombe sans arrêt depuis ce matin. Pendant que j’attends toujours des nouvelles de mon école anglaise, j’en ai profité pour terminer mon deal « Plaisirs coupables ». Mais c’est quoi, ce deal ? La semaine dernière, je suis tombée sur le blog d’une lectrice dont j’ai adoré l’univers, au point qu’elle a atterri dans ma blogroll deux jours plus tard. De fil en aiguille, en fouillant dans sa catégorie littérature, on a fini par parler de ces livres qui dorment dans nos PAL et qu’on n’aurait jamais ouverts sans un petit coup de pouce. Le genre de titre qu’on achète avec assurance et qu’on cache sous une pile quand quelqu’un vient à la maison.

D’où le pari : chacune choisit un livre dit « érotique » de sa PAL, et on s’encourage mutuellement à aller jusqu’au bout. Elle a pris un titre de son côté, et moi j’ai sorti « Histoire d’O » de Pauline Réage, qui prenait la poussière chez moi depuis un moment. Je n’ai pas choisi le plus léger, je le reconnais.

Un livre avec une histoire aussi étrange que son contenu

Petit rappel pour ceux qui, comme moi il y a un mois, connaissaient le titre sans rien savoir de plus. « Histoire d’O » paraît en 1954 chez Jean-Jacques Pauvert, avec une préface de Jean Paulhan intitulée « Le bonheur dans l’esclavage », ce qui pose l’ambiance dès la table des matières. Le livre décroche le prix des Deux Magots en 1955 et fait scandale, forcément. Pendant quarante ans, personne ne sait qui se cache derrière le pseudonyme de Pauline Réage. L’autrice, Dominique Aury, de son vrai nom Anne Desclos, ne se révélera qu’en 1994. Une femme du milieu littéraire parisien, qui a écrit ce texte pour un homme, et qui a gardé le secret pendant quatre décennies. Rien que ça, ça mérite un roman.

L’histoire, je la résume au minimum parce qu’elle se raconte mal. O est une jeune photographe parisienne. Son amant, René, l’emmène dans un château à Roissy où elle accepte de se soumettre à des règles très précises, puis il finit par la confier à un autre homme, Sir Stephen. C’est un livre sur le consentement porté jusqu’à un point qui met franchement mal à l’aise, et sur la disparition progressive de celle qui accepte tout.

Ce que j’en ai pensé, honnêtement

Je m’attendais à être choquée par les scènes. En fait, ce n’est pas ça qui m’a remuée. Ce qui m’a mise mal à l’aise, c’est le ton. L’écriture est calme, précise, presque administrative par moments, et cette froideur produit un effet bien plus dérangeant que n’importe quelle description crue. On n’est pas du tout dans l’excitation ni dans la séduction. On est dans quelque chose de méthodique, de glaçant, et le contraste entre la beauté de la langue et ce qu’elle raconte m’a poursuivie plusieurs soirs. J’ai lu les derniers chapitres en une fois, tard, et j’ai eu besoin d’ouvrir un roman totalement inoffensif juste après pour arriver à dormir.

Est-ce que j’ai aimé ? Je suis incapable de répondre par oui ou par non, et c’est exactement pour ça que ce livre m’occupe encore l’esprit une semaine plus tard. Je n’ai pas pris de plaisir à la lecture, au sens habituel. Mais j’ai eu le sentiment de lire un texte important, écrit par quelqu’un qui savait très précisément ce qu’il faisait. Il y a des passages que je trouve insoutenables, et d’autres d’une justesse qui pique.

Ce qui me travaille le plus, c’est la question de la liberté. Le livre passe son temps à répéter qu’O choisit. Et plus il le répète, moins je le crois. Est-ce que le texte défend cette soumission, est-ce qu’il la dissèque, est-ce qu’il l’accuse ? J’ai lu quelques analyses depuis et personne ne semble d’accord, ce qui me rassure sur mon propre embrouillamini mental.

Une chose est sûre : quand on compare ce livre à ce qui remplit les tables des librairies en ce moment et dont tout le monde parle depuis l’automne dernier, on mesure la différence de niveau d’écriture. Ce n’est pas le même projet, ce n’est pas la même époque, et surtout ce n’est pas du tout la même intention. L’un veut faire rêver, l’autre ne cherche à faire plaisir à personne.

Verdict du deal : pari tenu des deux côtés, et je suis contente d’avoir été poussée à ouvrir ce livre. Je ne le recommanderai pas à n’importe qui, et sûrement pas à quelqu’un qui cherche une lecture d’été agréable. Mais si vous l’avez lu, venez me dire ce que vous en avez pensé, parce que j’ai besoin d’en parler avec quelqu’un.

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