« C’est pas moi, c’est toi », le nouveau Mhairi McFarlane
Comédie romantique·4 min de lecture
Ceux qui traînent ici depuis un moment le savent déjà : je suis une très grande fan de Mhairi McFarlane. Parce que c’était nous avait été mon coup de cœur de 2014, Comme si c’était toi mon premier coup de cœur de 2015. J’attendais donc son troisième roman traduit avec une impatience assez peu digne, et j’ai eu la joie de constater que le titre français avait ENFIN été traduit correctement.
C’est pas moi, c’est toi est sorti chez Milady en octobre dernier, traduit par Odile Carton. Je l’ai lu en trois soirées, dont une où j’ai clairement dépassé l’heure raisonnable pour quelqu’un qui doit se lever le lendemain.
Le pitch : Delia demande son compagnon en mariage, et découvre dans la foulée qu’il la trompe. Premier réflexe, celui que je trouve terriblement juste, elle se dit que c’est sa faute à elle. Si rien n’est plus comme avant, c’est encore sa faute. Sauf que son ex remue ciel et terre pour la récupérer, ce qui pose tout de même une question sur la répartition des torts.
Une héroïne qui arrête de s’excuser
Ce que McFarlane réussit mieux que beaucoup d’autrices de comédie sentimentale, c’est le portrait d’une femme qui a passé des années à se rendre petite. Delia n’est pas une potiche, elle n’est pas non plus une héroïne de magazine qui va se reconstruire en changeant de coupe de cheveux. Elle est drôle, un peu maladroite, très attachée à ses habitudes, et elle a pris le pli d’endosser les erreurs des autres.
Le roman raconte le lent déplacement de ce curseur. Delia quitte Newcastle pour Londres, atterrit dans un boulot franchement louche auprès d’un patron excentrique, croise un journaliste beaucoup trop séduisant pour être honnête, et découvre au passage qu’elle est capable de dire non. Ce n’est pas une transformation spectaculaire, c’est une série de petits refus qui s’accumulent. Ça sonne juste.
J’ajoute une chose qui compte pour moi : Delia a un talent, un vrai, qu’elle a rangé dans un tiroir. Le roman s’en sert sans en faire tout un plat, et ça donne une belle idée de ce qu’on abandonne quand on se met en retrait de sa propre vie.
L’humour anglais, le vrai
McFarlane est écossaise et ça se sent à chaque page. Son humour ne repose pas sur des situations grotesques mais sur les dialogues, les silences gênés, les phrases que les gens prononcent quand ils voudraient dire l’inverse. J’ai ri à voix haute plusieurs fois, notamment dans les scènes de bureau, qui sont un festival de mauvaise foi ordinaire.
Et puis il y a cette capacité à passer de la vanne à l’émotion sans qu’on voie la couture. Une réplique qui fait sourire, deux lignes plus loin une phrase qui vous cueille. C’est ce mélange qui me fait revenir vers elle roman après roman, alors que je me méfie de plus en plus des comédies romantiques anglaises produites à la chaîne.
Un mot sur la traduction, puisque le titre m’a fait grincer des dents pour les précédents. Ici, le travail d’Odile Carton restitue le rythme des échanges sans lisser les aspérités. Les blagues tombent au bon endroit, ce qui n’est jamais gagné d’avance quand on traduit de l’humour britannique.
Mon petit bémol
Je vais faire ma difficile deux minutes. Le roman est long, et le milieu s’étire. Il y a une intrigue secondaire côté travail qui prend beaucoup de place et qui m’a moins captivée que la reconstruction de Delia. J’aurais signé pour cinquante pages de moins et un final un peu plus resserré.
Autre chose, et là c’est vraiment une affaire de goût : j’ai trouvé l’ex un peu trop bien traité par le récit. McFarlane refuse de faire de lui un monstre, ce qui est courageux et honnête, mais j’avoue avoir eu envie qu’on le laisse tranquillement dans son coin pendant deux ou trois chapitres.
Cela dit, ce sont des broutilles. On tient là une comédie sentimentale intelligente, écrite par quelqu’un qui aime ses personnages sans les prendre pour des idiots, avec une héroïne qui finit par regarder les choses en face. Si vous cherchez une lecture pour les jours creux entre Noël et le Nouvel An, elle fera très bien l’affaire.
Et si vous ne connaissez pas encore l’autrice, commencez par Parce que c’était nous. Vous m’en direz des nouvelles, et vous aurez ensuite deux romans d’avance, ce qui est une position très confortable en plein hiver.