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Les couvertures de livres, ou comment je me fais avoir chaque mois

Culture·4 min de lecture

J’ai fait un test un peu bête la semaine dernière. J’ai regardé les vingt derniers livres que j’ai achetés et j’ai essayé de me rappeler pourquoi j’avais tendu la main vers celui-là plutôt qu’un autre. Pour cinq d’entre eux, c’était une recommandation. Pour trois, un auteur que je suis. Pour les douze restants, il faut bien l’avouer, c’est la couverture qui a décidé. Douze sur vingt. Le proverbe sur le fait de ne pas juger un livre à sa couverture peut aller se rhabiller.

Les codes qui fonctionnent sur moi

Il y a des recettes, et elles marchent. La silhouette de femme vue de dos, cheveux au vent, sur fond de paysage flou : signal de roman sentimental, souvent britannique, souvent avec une héroïne qui recommence sa vie. Le dessin naïf sur fond de couleur vive avec un animal en gros plan : comédie française, humour bienveillant, lecture rapide. Le ciel rose et une jetée : feel good de bord de mer. La typographie manuscrite blanche sur photo noir et blanc : littérature dite féminine mais qui se prend au sérieux.

Je connais ces codes, je pourrais les réciter, et ils m’attrapent quand même. Parce qu’ils fonctionnent comme des promesses. Quand je suis fatiguée et que je veux quelque chose de doux, mon œil va tout seul vers le fond pastel. Ce n’est pas de la bêtise, c’est de l’orientation rapide dans un rayon qui contient des milliers de titres. La couverture fait un travail de tri à ma place. Le problème arrive quand la promesse est mensongère.

Quand la couverture trahit le livre

Ça m’est arrivé plusieurs fois, et c’est la vraie source de frustration. Un roman dur, sur un sujet grave, emballé dans une couverture guillerette parce que le service marketing a estimé que ça se vendrait mieux. Résultat : le lecteur attaque en attendant de la légèreté, il prend un coup sur la tête, et il en veut au livre alors que la faute revient à l’emballage. J’ai déjà mal noté des romans pour cette raison, en toute injustice, et je m’en suis rendu compte après.

L’inverse existe aussi. Des livres très drôles enfermés dans une couverture austère qui décourage tout le monde. Les rééditions sont souvent l’occasion de réparer ça. Un titre qui n’a pas marché ressort trois ans plus tard avec une nouvelle maquette et trouve enfin son public. Même texte, même auteur, même prix. Seule l’image a changé. Ça devrait nous rendre humbles sur nos capacités de jugement.

Le cas qui m’agace le plus, c’est la couverture qui copie un succès. Dès qu’un roman cartonne, on voit fleurir dans les mois qui suivent quinze titres habillés presque à l’identique, par des maisons différentes. On sait pourquoi c’est fait. Ça n’empêche pas de trouver ça un peu désolant pour les auteurs concernés, qui n’ont pas demandé à ressembler à quelqu’un d’autre.

Le poche, le grand format et l’objet

Autre observation : je n’ai pas les mêmes exigences selon le format. En poche, je pardonne à peu près tout. C’est petit, c’est fait pour être glissé dans un sac et corné, la couverture n’est qu’une étiquette. En grand format, je deviens beaucoup plus difficile, parce que le livre va rester visible dans mon salon pendant des semaines. Je sais que c’est un critère minable. Je l’assume à moitié.

Et puis il y a les couvertures qui deviennent des objets. Le papier qui accroche un peu sous les doigts, le titre en relief, la teinte qui n’est pas tout à fait celle qu’on attendait. Certaines maisons soignent ça, et ça se sent au toucher avant même de lire un mot. Ce sont ces livres-là que je n’arrive pas à prêter. Je les prête quand même, et je passe six mois à les réclamer.

Alors non, je ne vais pas conclure en disant qu’il faut lire les quatrièmes de couverture au lieu de regarder les images, ce serait hypocrite. Je vais plutôt dire ceci : quand une couverture vous attire, prenez les cinq secondes supplémentaires pour ouvrir le livre et lire trois phrases. C’est le seul moyen de savoir si la promesse visuelle correspond au texte. Et si ça ne correspond pas, reposez-le. Il y en a d’autres sur la table, tout aussi jolis.

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