« Playboy Pilot » : Vi Keeland et Penelope Ward gardent l’altitude
New romance·5 min de lecture
Il y a des sorties que je guette comme on guette un colis en retard, en rafraîchissant la page toutes les heures et en sachant très bien que ça ne le fera pas arriver plus vite. Celle-là en faisait partie. Vi Keeland et Penelope Ward écrivent séparément, très bien d’ailleurs, mais quand elles se mettent à deux, il se passe quelque chose que je n’arrive toujours pas à expliquer. J’avais adoré Cocky Bastard, j’avais enchaîné avec Avec toi malgré moi l’an dernier, et je guettais donc Playboy Pilot, traduit par Stéphanie Madsen et publié chez Hugo Roman.
Une héritière, un pilote et beaucoup d’escales
Kendall Sparks a tout de la jeune femme dont on envie la vie sur les photos et dont on ne voudrait pas une semaine dans la réalité. Elle a grandi dans un monde où l’argent tranche les débats avant même qu’ils commencent, et elle arrive à un moment où il faut choisir : suivre le chemin tracé ou prendre le risque du sien. Carter Clynes, lui, est pilote de ligne. Charmeur, drôle, incapable de rester en place plus de quelques heures, que ce soit dans un aéroport ou dans une histoire. Sous la désinvolture, il traîne un traumatisme qu’il n’a réglé avec personne.
Ils se croisent dans un aéroport, et de fil en aiguille, Kendall se retrouve embarquée dans une série de destinations qu’elle n’avait pas prévues. Floride, Rio, Dubaï, Amsterdam. Le roman fonctionne comme un carnet de voyage sentimental où chaque escale déplace un peu le curseur entre eux. C’est un dispositif malin : on ne s’installe jamais assez longtemps quelque part pour que la routine s’invite, et les deux personnages sont forcés de se découvrir en accéléré, sans le confort du quotidien.
Ce qui m’a fait décoller
D’abord les voix. L’alternance des points de vue, chez ce duo, n’est jamais un gadget. On sent que chaque autrice tient son personnage, que Carter a son rythme de phrase et Kendall le sien, et qu’aucun des deux ne pense exactement la même chose de la scène qu’on vient de lire. C’est bête à dire, mais beaucoup de romans à deux narrateurs oublient que les deux narrateurs doivent se contredire un peu pour être intéressants. Ici, ça grince juste ce qu’il faut.
Ensuite l’humour. Je ris rarement toute seule en lisant, et j’ai ri plusieurs fois, notamment dans les dialogues où Carter essaie d’être adorable et se plante magistralement. Les autrices ont ce talent de faire des héros séducteurs qui restent ridicules par moments, ce qui les rend infiniment plus supportables que la moyenne du genre. Un homme parfait sur cinq cents pages, très peu pour moi. Un homme qui se prend les pieds dans le tapis en essayant de faire son intéressant, tout de suite j’écoute.
Il y a aussi une vraie tendresse dans la façon dont le roman traite l’idée de fuite. Carter fuit dans les airs, Kendall fuit dans une vie toute faite, et pendant un bon tiers du livre, on ne sait pas lequel des deux est le plus immobile. C’est là que le titre prend son sens. Voler beaucoup ne veut pas dire aller quelque part.
Et ce qui m’a fait tousser un peu
Le passé de Carter arrive tard et repart vite. On comprend d’où vient sa manière de ne jamais se poser, mais j’aurais aimé que le roman s’y attarde davantage au lieu de le régler en quelques scènes assez conventionnelles. Même chose pour la famille de Kendall, dont la pression est plus racontée que montrée. J’aurais voulu voir un dîner de famille horrible, entendre les phrases exactes qu’on lui sert depuis vingt ans. À la place, on a un résumé.
Et puis, soyons honnête, la trajectoire est lisible dès le premier tiers. Je savais où j’allais, je savais à peu près par où on passerait, et le suspense n’était pas dans l’issue mais dans la manière. Ça ne m’a pas dérangée, parce que je viens chercher exactement ça dans ce type de lecture, mais si vous attendez d’être surpris par la structure, ce n’est pas le bon rayon.
Reste que j’ai lu les trois cent cinquante pages en deux soirées, en me disant à chaque chapitre que c’était le dernier avant d’éteindre. Il y a une facilité de lecture, chez Keeland et Ward, qui ressemble à un tour de magie. Les phrases sont courtes, les chapitres tombent au bon moment, et on se retrouve à deux heures du matin en train de se demander comment on a atterri là.
Alors oui, je le conseille. Pas comme le livre qui va changer votre rapport à la littérature, mais comme celui qu’on met dans son sac quand la semaine a été longue et qu’on a besoin d’une comédie sentimentale bien écrite, drôle et un peu chaude. Si vous n’avez jamais lu ce duo, commencez plutôt par Cocky Bastard pour vous faire la main, puis revenez ici. Et si vous voulez d’autres idées du même rayon, elles sont dans mes chroniques.
Une dernière chose : j’ai refermé le livre en ayant envie de prendre un avion. N’importe lequel, pour n’importe où. C’est peut-être le meilleur compliment que je puisse faire à un roman qui parle de gens qui ne se posent jamais.