« Wonder Woman » au cinéma, une héroïne qui croit encore à quelque chose
Culture·4 min de lecture
Bonjour tout le monde ! Voilà une petite heure que je suis sortie de la salle et j’écris encore avec l’esprit là-bas. Je suis allée voir « Wonder Woman » toute seule, comme une grande, un après-midi en semaine, dans une salle à moitié vide. J’avais besoin d’un bon moment. Je ne l’ai pas volé.
De quoi ça parle
C’était avant qu’elle ne devienne Wonder Woman, du temps où elle était encore Diana, princesse des Amazones, élevée sur une île à l’abri du monde et entraînée au combat par sa tante Antiope. Un jour, un pilote américain s’écrase au large. Il s’appelle Steve Trevor et il raconte qu’une guerre terrible ravage l’autre bout de la planète. Diana décide de partir, convaincue qu’elle peut y mettre fin. Le film est signé Patty Jenkins, avec Gal Gadot dans le rôle-titre et Chris Pine en pilote dépassé par les événements.
Ce qui m’a scotchée
Le premier mot qui me vient est épique. L’île des Amazones, les cavalières, les combats chorégraphiés, la lumière, tout cela m’a fait l’effet d’une gorgée d’eau fraîche après des années de films de super-héros gris et grondants. Il y a des couleurs. On voit ce qui se passe à l’écran. Ce n’est pas un compliment idiot, c’est devenu rare.
Et puis il y a le choix de la Première Guerre mondiale, qui est bien plus malin qu’il n’en a l’air. Les tranchées, la boue, l’absurdité totale des ordres, cela empêche le film de désigner un méchant commode qu’il suffirait d’abattre pour que tout aille mieux. Diana arrive avec une explication simple du mal et le film passe deux heures à démolir sa certitude. C’est une vraie idée de cinéma, et l’écart entre son innocence et ce qu’elle découvre porte tout le récit.
La scène du no man’s land restera. Une héroïne qui monte l’échelle et traverse à découvert un terrain où personne n’avance depuis un an, parce qu’on lui a expliqué que c’était impossible et qu’elle refuse d’accepter que le village d’à côté crève pendant qu’on discute stratégie. J’ai eu la chair de poule et je n’ai pas honte de le dire.
Gal Gadot, enfin. Je ne savais pas trop quoi en attendre, et elle m’a convaincue en deux plans. Elle joue Diana avec un sérieux total, sans clin d’œil, sans ironie protectrice. Quand elle demande pourquoi les femmes ne combattent pas, elle pose vraiment la question. Ce refus du second degré est ce qui rend le personnage émouvant.
Ce que je regrette
Le dernier acte. Je vais rester vague pour ne rien gâcher, mais après deux heures passées à nous expliquer que le mal est diffus et qu’il vit un peu dans chacun, le film revient à un affrontement final très classique, avec explosions et effets numériques à volonté. C’est dommage, parce que la meilleure idée du scénario se retrouve écrasée par une convention de genre dont il aurait pu se passer.
Je trouve aussi que le personnage principal est un peu sous-exploité par moments. Il y a des séquences entières où Diana devient la spectatrice de sa propre histoire, où les hommes autour d’elle décident, discutent, planifient, et où elle attend qu’on lui indique la porte. Chaque fois qu’on lui rend la main, le film décolle immédiatement. On se demande pourquoi il ne le fait pas plus souvent.
Petite frustration supplémentaire : l’île des Amazones est superbe et on la quitte trop vite. J’aurais signé pour une demi-heure de plus là-bas, avec Antiope et les autres. Il y a tout un monde esquissé en vingt minutes.
Le mot de la fin
Je suis sortie de la salle avec une émotion que je n’attendais pas d’un film de super-héros. Ce n’est pas parfait, le dernier quart d’heure m’a déçue, et pourtant j’ai eu les larmes aux yeux deux fois. Parce qu’on nous propose enfin une héroïne dont la force principale n’est pas la baston mais l’obstination à croire que les gens valent qu’on se batte pour eux.
Allez-y. Emmenez vos filles, vos nièces, vos copines, votre mère. Et si vous y allez seule un après-midi de semaine, comme moi, c’est très bien aussi. Je vous garantis que vous ne serez pas la seule dans la salle à renifler discrètement pendant la scène de l’échelle.