Un fauteuil moelleux près d'une fenêtre — illustration de « « Tropical Palace » d'Alicia Werner : quitter le palace pour retrouver le goût de vivre »

« Tropical Palace » d’Alicia Werner : quitter le palace pour retrouver le goût de vivre

Feel good·4 min de lecture

Nouvelle chronique et pas des moindres, puisqu’il s’agit de « Tropical Palace » d’Alicia Werner, qui sort demain en librairie chez Hugo Roman. Il me faisait de l’œil depuis un bon moment, à cause de sa couverture d’abord, je l’avoue sans honte, et à cause de son pitch ensuite. Un palace parisien, une chef de réception qui craque, et un départ. Il ne m’en faut pas beaucoup plus au mois de mai.

Jill, 28 ans, et la vie qu’elle a tant voulue

Jill est chef de réception du Royal Breteuil, palace parisien où elle excelle. C’est le poste dont elle rêvait, celui pour lequel elle a beaucoup sacrifié. Et pourtant elle se fane un peu plus chaque jour au service de clients aussi riches que capricieux. Il y a bien les fous rires entre copines, les répétitions très rock de son groupe et une mère en pleine crise mystique avec qui on ne s’ennuie jamais. Mais quelque chose d’essentiel manque.

Ce point de départ me touche particulièrement, parce qu’il ne s’agit pas d’une héroïne qui déteste son travail. Elle l’aime, elle l’a choisi, elle y est bonne. C’est beaucoup plus difficile à écrire que le classique « je hais mon patron et je pars ouvrir une chambre d’hôtes ». Alicia Werner s’intéresse à cette fatigue précise, celle qu’on ne peut même pas justifier auprès des autres puisque tout va bien sur le papier.

Les coulisses de l’hôtellerie de luxe sont bien vues et souvent drôles. Les caprices de clientèle, la hiérarchie de fer, l’obligation de sourire quand on vous parle mal, tout cela sonne juste. J’ai eu l’impression que l’autrice connaissait la maison de l’intérieur, ou en tout cas qu’elle avait beaucoup écouté ceux qui y travaillent.

Trois trentenaires et beaucoup de kilomètres

Le roman ne suit pas seulement Jill. Il fait vivre trois jeunes femmes qui approchent ou dépassent la trentaine, entre déceptions amoureuses et impasses professionnelles, toutes en train de se demander comment construire une suite qui ressemble à ce qu’elles sont vraiment. Le trajet nous emmène de Paris à la Normandie, puis jusqu’aux plages brésiliennes.

J’avais peur du dépaysement facile, du Brésil décor à cocotiers. Ce n’est pas ce qui arrive. Le voyage sert le propos plutôt que l’inverse, et les passages français sont aussi soignés que les passages exotiques. La Normandie m’a même paru plus vivante que le Brésil par moments, ce qui est un compliment inattendu pour un livre dont le titre promet du soleil.

Le ton est celui du feel-good bien tenu : on rit, on s’attendrit, on lève les yeux au ciel devant les décisions de certains personnages. Ce que j’apprécie chez Alicia Werner, c’est qu’elle laisse ses héroïnes se tromper. Elles prennent de mauvaises directions, elles reviennent, elles s’excusent mal. Rien n’est réglé par une conversation providentielle au bon moment.

Ce que j’en ai pensé

C’est une lecture que j’ai avalée en un week-end et qui m’a fait beaucoup de bien. L’humour fonctionne, notamment tout ce qui tourne autour de la mère de Jill et de ses lubies spirituelles, personnage secondaire que j’aurais volontiers suivi sur cinquante pages de plus.

Je note deux bémols. Le premier concerne l’équilibre entre les trois trajectoires : celle de Jill est nettement plus développée et les deux autres semblent parfois expédiées. Le second concerne la fin, un peu trop arrangeante à mon goût, où tout se remet en place avec une facilité que le reste du roman ne laissait pas prévoir. Ce n’est pas grave dans un feel-good, mais j’aurais aimé un peu de résistance.

Malgré cela, je le recommande sans hésitation à celles qui cherchent une lecture solaire avec un vrai fond. La question qu’il pose reste sérieuse : que fait-on quand on obtient exactement ce que l’on visait et que ça ne suffit pas ? Beaucoup de romans posent la question, peu prennent le temps d’y répondre autrement qu’en envoyant leur héroïne au soleil.

Si vous cherchez une lecture pour le mois de juin, notez ce titre. Il sent l’été et il ne prend pas ses lectrices pour des idiotes, ce qui est une combinaison plus rare qu’on ne le croit.

Publications similaires