« Landon et Shay », la duologie de Brittainy C. Cherry
New romance·5 min de lecture
Chronique un peu particulière aujourd’hui, parce que ce n’est pas d’un roman que je veux parler mais de deux. La duologie Landon et Shay de Brittainy C. Cherry se lit d’un bloc, et je vois mal comment en dire quoi que ce soit d’utile en séparant les tomes. Le premier est paru chez Hugo à la mi-juin, le second sort aujourd’hui. Autant dire que l’attente entre les deux aura été courte, ce dont je remercie l’éditeur, parce que la fin du tome un ne se supporte pas longtemps.
J’avais découvert cette autrice au printemps avec Eleanor & Grey, sorti en mars chez le même éditeur, et j’en étais ressortie un peu démolie. Je savais donc à quoi m’attendre : Brittainy C. Cherry écrit des romances qui font mal avant de faire du bien, et elle ne triche pas sur la douleur pour arriver plus vite à la réconciliation.
Un pari idiot comme point de départ
Shay et Landon se détestent depuis toujours. Des années qu’ils s’évitent, qu’ils ne s’adressent ni un regard ni un mot, sauf peut-être une insulte au passage. Puis on leur propose un défi qui n’aurait jamais dû exister : faire en sorte que Shay tombe amoureuse de Landon avant que lui ne tombe amoureux d’elle. Pour Landon, c’est gagné d’avance. Il n’aime personne, c’est même son principe de fonctionnement.
Sur le papier, ce point de départ est détestable, et je ne vais pas prétendre le contraire. Le pari amoureux appartient à la catégorie des ficelles que je supporte de moins en moins, parce qu’il fabrique une trahison mécanique dont on attend l’explosion pendant tout le livre. Ce qui sauve la duologie, c’est que l’autrice s’en débarrasse plus vite que prévu et qu’elle s’intéresse à autre chose.
Cette autre chose, c’est la raison pour laquelle ces deux-là se détestent. Il y a un passé, il y a un malentendu ancien, et il y a surtout deux adolescences abîmées de manières différentes. Landon a construit son arrogance sur quelque chose, Shay a construit sa méfiance sur autre chose, et le roman prend le temps de creuser les deux versants au lieu de désigner un coupable.
Ce que fait Brittainy C. Cherry et que peu font aussi bien
Son truc, c’est la lenteur. Elle laisse traîner les scènes où d’autres coupent, elle insiste sur des détails apparemment secondaires, elle donne des chapitres entiers à des moments qui n’ont l’air de rien. Résultat, quand la scène importante arrive, on est déjà installé, et l’émotion ne vient pas d’un effet de manche mais de tout ce qu’on a accumulé avant. C’est une écriture qui demande un peu de patience et qui la rend au centuple.
Elle a aussi une manière très reconnaissable d’écrire les blessures d’enfance sans en faire un dossier clinique. On comprend d’où viennent ses personnages par ce qu’ils font, par ce qu’ils évitent de dire, par leurs réflexes de défense. Landon en particulier m’a énervée pendant deux cents pages avant que je comprenne pourquoi il se comportait ainsi, et le retournement de sympathie s’opère sans que l’autrice ait besoin d’un long plaidoyer.
Shay, elle, m’a plu tout de suite. Elle a une colère franche, elle ne pardonne pas parce que c’est plus commode, elle exige des explications et refuse les demi-réponses. J’ai lu trop de romances où l’héroïne finit par se contenter du minimum syndical de la part du héros tourmenté. Ici, non, et ça change tout.
Deux tomes, et une réserve
Le premier tome installe et casse. Le second répare, et c’est là que j’ai eu ma seule vraie réserve : la deuxième partie m’a semblé plus attendue, avec quelques passages où le récit prend son temps pour ne pas dire grand-chose. Rien de grave, mais la tension du tome un ne se retrouve pas entièrement dans le tome deux. Je crois que c’est le prix à payer d’une duologie construite sur une rupture au milieu.
Il faut aussi savoir dans quoi on met les pieds. Ce n’est pas une lecture légère de bord de piscine. Il y a des thèmes lourds, des scènes qui serrent la gorge, et un tome un qui vous laisse en plan si vous n’avez pas la suite sous la main. Prévoyez les deux, sincèrement, ou attendez d’avoir les deux.
Pour ma part je ressors convaincue, avec cette autrice définitivement installée dans la liste de celles que je suivrai les yeux fermés. Elle écrit des livres qui ne cherchent pas à être aimables et qui finissent par l’être quand même. C’est plus rare qu’on ne croit dans le rayon.