Un fauteuil en cuir dans une bibliothèque — illustration de « « Sortie de piste », quarante-cinq minutes de l'autre côté »

« Sortie de piste », quarante-cinq minutes de l’autre côté

Culture·4 min de lecture

Bonsoir tout le monde ! Ce soir, je vous parle d’un roman qui sort aujourd’hui même : « Sortie de piste » de Marc Welinski, chez Daphnis et Chloé. Il me faisait de l’œil depuis un moment, et j’avoue que le sujet y était pour beaucoup. Les expériences de mort imminente, c’est le type de terrain sur lequel je m’engage toujours avec un mélange de curiosité et de méfiance, parce que la frontière entre le roman et le tract est mince.

C’est quoi le pitch Holly ?

Moïse Steiner est un chef d’entreprise parisien qui traverse une période difficile. Sa société est au bord du dépôt de bilan et il court après des investisseurs. Heureusement il vit un grand amour avec Alice, parisienne exubérante et fantasque, portée sur la méditation, le chamanisme et la cuisine sans gluten. Moïse regarde d’un œil amusé les engouements successifs de sa compagne, jusqu’au jour où il est victime d’un accident d’avion. Grièvement blessé, il fait un arrêt cardiaque de quarante-cinq minutes pendant lesquelles il se voit flotter au-dessus de son propre corps, sur le tarmac, au milieu des secouristes. Vous imaginez la suite : le rationaliste qui se moquait des croyances de sa compagne revient avec un souvenir dont il ne sait absolument pas quoi faire.

Ce qui m’a plu

Le ton, d’abord. Je m’attendais à quelque chose de solennel et je suis tombée sur un roman souvent drôle. Welinski a passé sa carrière dans les médias, il connaît les codes du milieu des affaires parisien et il s’en amuse beaucoup. Les réunions d’investisseurs, les consultants, le vocabulaire du management, tout ça est croqué avec une précision réjouissante. Ce contraste entre le langage du business et l’expérience indicible que vient de vivre Moïse fournit les meilleures scènes du livre.

Ensuite, la position de l’auteur sur le sujet. Il ne cherche pas à démontrer que l’expérience de Moïse prouve quoi que ce soit, ni à la réduire à un accident neurologique. Il s’en tient à ce qui l’intéresse vraiment : qu’est-ce qu’on fait de sa vie ensuite ? Comment on parle de ça au bureau ? Comment on l’annonce à celle qui vous voyait ricaner devant ses livres de méditation six mois plus tôt ? Cette dernière question est le vrai cœur du roman et je l’ai trouvée traitée avec beaucoup de finesse. Le renversement des rôles dans le couple est très bien vu, y compris dans ce qu’il a de vexant pour les deux.

Alice, justement, aurait pu n’être qu’une caricature de bobo parisienne, et le livre flirte avec cette facilité dans les premiers chapitres. Elle prend heureusement de l’épaisseur ensuite, et la confrontation entre sa spiritualité un peu décorative et l’expérience brute de Moïse produit des scènes assez cruelles. Croire à distance, c’est confortable ; se retrouver face à quelqu’un qui prétend y être allé, beaucoup moins.

Mes réserves

Le roman est bavard. Près de quatre cents pages, avec des passages de discussion qui tournent en rond, notamment lorsque les personnages se mettent à théoriser sur la conscience. J’ai le sentiment que l’auteur a beaucoup lu sur le sujet et qu’il a eu du mal à laisser sa documentation de côté. Ces séquences ralentissent le livre alors que le fil narratif, lui, fonctionne parfaitement quand on le laisse tranquille.

Autre chose : la fin ménage un peu tout le monde. Je ne dirai rien de précis, mais j’aurais préféré une conclusion plus abrupte, qui laisse Moïse dans son inconfort au lieu de lui offrir une forme d’apaisement. Ce roman m’intéressait justement parce qu’il refusait de trancher, et les dernières pages tranchent un peu quand même.

Cela dit, j’ai passé un très bon moment et j’ai souligné plusieurs passages, ce qui n’arrive pas si souvent. C’est un roman qui parle de la mort sans jamais être macabre, et qui pose surtout une question très concrète : si demain vous étiez certain que votre temps est compté, est-ce que vous iriez quand même à la réunion de dix heures ? Moïse y va, au début. C’est tout le sujet du livre.

À conseiller à ceux qui aiment les romans d’idées qui ne se prennent pas au sérieux, et à ceux qui, comme moi, ouvrent ce genre de bouquin en se demandant à quel moment on va essayer de leur vendre quelque chose. Ici, on ne vous vend rien.

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