Diamants sur canapé, de Blake Edwards
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Dans ma présentation de lundi, j’ai survolé le film qui explique le choix de mon pseudo. Et c’est en me relisant que je me suis dit : tiens, si je le revoyais ? Comme si j’avais besoin de le revoir pour en parler. Je pourrais en écrire trois pages les yeux fermés, un lundi matin, à jeun. Mais le prétexte était trop beau. J’ai donc ouvert ma boîte de chocolats, qui fait partie du rituel au même titre que le film lui-même, je me suis calée dans mon lit, faute de canapé moelleux dans mon logement universitaire, et j’ai lancé Diamants sur canapé.
Le film date de 1961, il est signé Blake Edwards et il est adapté de Petit déjeuner chez Tiffany, la nouvelle que Truman Capote avait publiée en 1958. Autant le dire tout de suite : le roman et le film ne racontent pas exactement la même histoire, et Capote lui-même n’était pas emballé par le résultat. Je comprends son point de vue et je m’en moque un peu, parce que ce que Blake Edwards a fabriqué là tient debout tout seul.
Holly Golightly, ou l’art de tenir avec des lunettes noires
Holly Golightly, c’est Audrey Hepburn. Une jeune femme new-yorkaise qui vit de la générosité des hommes, qui rêve d’épouser un milliardaire brésilien, et qui va prendre son petit déjeuner devant la vitrine de chez Tiffany quand elle n’a pas le moral. Son voisin du dessus, Paul Varjak, joué par George Peppard, est un écrivain qui n’écrit plus grand-chose et qui est entretenu par une femme riche. Deux personnes qui se vendent, chacune à sa manière, et qui vont mettre tout le film à se l’avouer.
Ce qui me bouleverse dans ce personnage, et je pèse mes mots, ce n’est pas la robe noire de Givenchy, aussi parfaite soit-elle dans la scène d’ouverture. C’est la fêlure en dessous. Holly parle beaucoup, rit fort, invite tout Manhattan chez elle, et derrière ce vacarme il y a une fille terrifiée qui refuse de donner un nom à son chat parce que nommer, c’est appartenir. La première fois que j’ai vu ce film, j’avais quinze ans et je pensais regarder une comédie légère sur une fille excentrique. J’ai mis plusieurs visionnages à comprendre que c’était l’histoire d’une personne qui a très peur.
Et puis il y a Moon River. Audrey Hepburn assise sur l’escalier de secours, la guitare, cette voix qui n’est pas celle d’une chanteuse professionnelle et qui fonctionne justement pour ça. La chanson d’Henry Mancini, sur des paroles de Johnny Mercer, a décroché l’Oscar en 1962 et elle le méritait. On raconte que le studio voulait la couper au montage. Il faut vraiment ne rien comprendre à un film pour vouloir lui arracher son cœur.
Ce que je n’arrive plus à regarder
Je ne vais pas faire semblant que tout soit intact cinquante ans après. Le personnage du voisin japonais, monsieur Yunioshi, interprété par Mickey Rooney avec un maquillage et des dents postiches, est une caricature raciste, et chacune de ses apparitions me met profondément mal à l’aise. Blake Edwards a d’ailleurs exprimé des regrets à ce sujet. Je préfère le dire plutôt que de faire comme si la scène n’existait pas, parce que c’est le genre de détail qui gâche un classique quand on le découvre sans être prévenu.
Le reste tient debout de façon insolente. La fête chez Holly, avec ses invités qui se multiplient et cette femme qui pleure devant son miroir, reste une des séquences les plus drôles et les plus tristes que je connaisse. La journée que les deux personnages passent à faire chacun une chose qu’ils n’ont jamais faite me touche toujours autant. Et la fin sous la pluie, je ne vous la raconte pas, mais je la connais par cœur et je pleure quand même à chaque fois. Chaque fois. Sans exception.
Alors voilà, mon pseudo vient de là. J’ai pris le prénom de cette fille qui n’a pas de vraie maison, pas de vrai nom, et qui essaie quand même. Ce n’est pas très original comme référence, je le sais, il y a probablement des dizaines de Holly sur la toile. Mais celle-ci est la mienne, avec sa boîte de chocolats et son lit d’étudiante en guise de canapé.
Si vous ne l’avez jamais vu, faites-vous ce cadeau un soir de janvier. Prenez de quoi grignoter. Et un mouchoir.