Une liseuse et un roman empilés sur une table de chevet le soir — illustration de « « Ugly Love », on ne maîtrise pas l'amour »

« Ugly Love », on ne maîtrise pas l’amour

New romance·4 min de lecture

L’année dernière, j’avais pris une claque avec Maybe Someday, qui reste l’un de mes plus gros coups de cœur de 2015. J’avais donc de grandes attentes en ouvrant Ugly Love, sorti chez Hugo Roman en novembre dernier dans la traduction de Pauline Vidal, la même que pour Maybe Someday. Et me voilà avec mon premier coup de cœur de 2016, quatorze jours après le début de l’année. Autant dire que ça commence fort.

Le pitch tient en deux règles. Tate rencontre Miles, pilote de ligne, et l’attirance est immédiate. Lui propose un arrangement très clair : ne jamais l’interroger sur son passé, ne jamais rien attendre de l’avenir. Tate accepte, évidemment, parce que sinon il n’y aurait pas de roman, et parce qu’on a toutes cru un jour qu’on pouvait tenir ce genre de promesse.

Deux voix, deux époques

La grande idée du livre, c’est sa construction. Les chapitres alternent entre Tate au présent et Miles six ans plus tôt. On avance donc sur deux lignes en même temps, avec d’un côté une relation qui se noue dans le déni, de l’autre le passé qui explique tout et qu’on reconstitue morceau par morceau.

Ce qui m’a scotchée, c’est le traitement des chapitres de Miles. Hoover les écrit dans une langue très découpée, presque en vers, avec des phrases courtes qui tombent les unes après les autres. J’étais méfiante au début, ce genre d’effet peut vite devenir prétentieux. Ici, ça fonctionne, parce que c’est exactement la façon dont on se souvient d’un traumatisme : par éclats, sans phrases complètes.

Et puis il y a ces trois mots qui reviennent comme un refrain dans le passé de Miles. Je ne vous dis pas lesquels. Vous les lirez une première fois sans comprendre, une deuxième en fronçant les sourcils, et à la troisième vous saurez. C’est cruel et c’est parfaitement construit.

Tate, ou le portrait d’une femme lucide

J’ai lu beaucoup de new romance ces deux dernières années, et j’ai souvent le même reproche : l’héroïne se laisse balader pendant quatre cents pages en trouvant ça romantique. Tate, non. Elle sait très bien ce qu’elle fait, elle mesure ce que cet arrangement lui coûte, et elle le formule à voix haute. Elle a un travail exigeant, une vie à elle, et elle n’attend pas d’être sauvée.

Ce qui ne l’empêche pas de s’attacher, parce que la lucidité n’a jamais protégé personne. C’est là que le titre prend tout son sens. Cet amour n’est pas beau, il n’est pas confortable, il abîme les deux camps. Hoover ne cherche pas à le rendre désirable, elle le montre tel quel, et ça change complètement du reste du rayon.

Miles, de son côté, est un personnage que j’aurais détesté dans un autre livre. Fermé, dur, capable de blesser sans lever la voix. Ce sont ses chapitres du passé qui le sauvent : on comprend d’où vient cette muraille bien avant que Tate ne le comprenne, et on assiste à la scène de très près, sans pouvoir intervenir. C’est une position insupportable pour un lecteur, dans le bon sens du terme.

Un avertissement, et un conseil

Je préviens quand même : le passé de Miles touche à un deuil très douloureux, et certaines scènes sont difficiles. Ce n’est pas de la romance légère à lire d’une main en surveillant les pâtes. Si vous traversez une période fragile, laissez-le de côté quelques mois, il vous attendra.

Je préviens aussi sur le format : ça se lit très vite, ce qui est traître. J’ai commencé un soir en me disant que je lirais cinquante pages, j’ai éteint la lampe à deux heures du matin avec les yeux dans un état pitoyable. Prévoyez votre soirée en conséquence.

Est-ce que le roman est parfait ? Non. Le milieu tourne un peu en rond, avec des retrouvailles et des séparations qui se répètent, et j’ai eu envie de secouer les deux personnages à plusieurs reprises. Mais l’ensemble tient debout, porté par cette alternance et par une fin que je n’ai pas vue venir comme ça.

Si vous ne connaissez pas encore Colleen Hoover, vous pouvez commencer par celui-ci ou par Maybe Someday, l’ordre n’a aucune importance. Et si vous cherchez d’autres titres du même genre, il y en a quelques-uns dans mes chroniques. Pour ma part, je vais laisser reposer quelques jours avant d’ouvrir autre chose, parce que là, j’ai besoin d’un peu de douceur.

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